
Vivaneau des mangroves
Lutjanus argentimaculatus · Lutjanidae
- Mer
- Mer côtière
- Moyen
- Taille
80–150 cm
- Poids
6,5–12 kg
- Longévité
31 ans
- Temp. eau
16–30 °C
- Profondeur
1–120 m
Où le pêcher
- Estuaire
- Récif
Icônes des milieux : Flaticon
Le vivaneau des mangroves est un lutjanidé robuste aux flancs argentés marqués de reflets rosés, reconnaissable à sa mâchoire puissante et à ses nageoires dorsales épineuses. Il fréquente les estuaires, les récifs côtiers et les mangroves tropicales d'Asie, d'Afrique et d'Océanie.
Calendrier
Signalée dans 17 pays
Afrique du Sud · Australie · Chine · Colombie · Émirats arabes unis · Fidji · Guam · Inde · Indonésie · Japon · Kenya · Mozambique · Nouvelle-Calédonie · Philippines · R.A.S. chinoise de Hong Kong · Taïwan · Thaïlande
Signalements GBIF — espèces natives et introduites confondues.
Son aire de répartition
L’aire indo-ouest-pacifique va de l’Afrique de l’Est aux Samoa et aux îles de la Ligne, du sud du Japon à l’Australie. Rien là que de banal pour un lutjanidé.
Le point intéressant est ailleurs : l’espèce a franchi le canal de Suez et s’est signalée en Méditerranée orientale, au large du Liban, sans jamais s’y établir vraiment. La tolérance à la salinité et l’amplitude thermique suffisaient au voyage. Ce qui manque à l’arrivée, c’est la nurserie : un poisson dont toute la première partie de vie se passe en mangrove et en estuaire trouve un récif accueillant au Levant, mais pas le milieu qui produit ses recrues.
Le reconnaître
La couleur ne dit rien tant qu’on ignore d’où sort le poisson. Un sujet pris dans un chenal de mangrove a le dos brun verdâtre qui se dégrade vers le rouge sur les flancs, et le ventre blanchâtre ou argenté. Un sujet remonté du large est rouge partout. Ce sont les mêmes animaux, à deux âges et à deux profondeurs.
Le jeune porte une marque qui, elle, ne varie pas : une huitaine de stries blanches et deux stries bleues en travers des joues. Elle s’efface avec la croissance, si bien que le critère le plus net de l’espèce n’est visible que sur les petits.
Restent les caractères de comptage. L’échancrure du préopercule est mal développée, ce qui écarte d’emblée les congénères chez qui le cran et le bouton du préopercule sont francs. La plaque dentaire du vomer dessine un croissant. Les branchiospines du premier arc se comptent entre seize et vingt en incluant les rudiments. La dorsale porte dix épines et treize à quatorze rayons mous, l’anale trois épines et huit rayons.
La hauteur du corps tient 2,3 à 2,7 fois dans la longueur standard : ni comprimé ni allongé. Et les rangées d’écailles du dos, tantôt parallèles à la ligne latérale, tantôt obliques vers l’arrière, sont trop variables pour servir de critère — savoir qu’elles varient vaut mieux que de s’y fier.
L’eau qu’il lui faut
Ce vivaneau est euryhalin, et son cycle exploite cette tolérance de bout en bout. Les juvéniles et les jeunes adultes occupent les estuaires à mangrove, les cours inférieurs des rivières et les chenaux de marée : de l’eau douce à l’eau saumâtre, en amont de tout récif. Les adultes se regroupent ensuite autour des coraux, puis gagnent le large et les récifs profonds, où ils dépassent parfois cent mètres.
C’est une rampe à sens unique, du ruisseau côtier vers le tombant. Un même individu traverse en une vie une gamme de salinité et une tranche de profondeur — de un à cent vingt mètres — qu’aucune pêcherie ne couvre d’un seul tenant.
La plage thermique va de seize à trente degrés, ce qui autorise une occupation subtropicale bien au-delà de la ceinture corallienne stricte.
Zones
- Canaux de mangrove
- Embouchures d'estuaires
- Récifs côtiers peu profonds
- Lagons et atolls
Techniques
- Pêche au vif en estuaire
- Pêche au leurre souple
- Pêche à la palangrotte
- Pêche en surface la nuit
Appâts
- Crevettes vivantes
- Petits poissons vifs
- Crabes
- Calmars en morceaux
- Vers marins
Ce qu’il mange
L’activité est surtout nocturne. Le menu se réduit à deux postes, poissons et crustacés, sans les échinodermes ni les mollusques divers que ramassent plusieurs de ses proches.
C’est un régime de chasseur mobile plutôt que de fouilleur de fond, cohérent avec un poisson qui patrouille l’entrée des chenaux à la faveur du courant.
Comment le pêcher
Une seule espèce, trois pêches distinctes, et c’est l’âge du poisson qui décide laquelle.
En estuaire et en mangrove, on cherche des jeunes et des adultes de taille moyenne, de nuit, à l’appât vif, sur les bordures et les sorties de chenaux que la marée descendante vide. Sur le récif côtier, on cherche des adultes en petits groupes. Au-delà de cent mètres, on cherche les gros, et il faut alors le matériel de fond correspondant. Chercher les trois au même endroit revient à en manquer deux.
L’espèce est prise à la ligne à main, à la palangre de fond et au chalut, ce qui donne la mesure de l’étendue verticale de son habitat.
Un mot sur les tailles annoncées, parce qu’elles ne s’accordent pas. Les maxima publiés de longueur et de poids sont incompatibles entre eux pour un poisson de cette forme, et les séries suivies sur la côte est de l’Australie ne retrouvent ni l’un ni l’autre. Le repère solide est ailleurs : une taille courante de quatre-vingts centimètres, et trente-neuf ans d’âge maximal sur ces séries. C’est de là qu’il faut partir pour juger d’une capture.
Conservation
La longévité est le premier fait à peser. Trente et un ans en référence, trente-neuf sur les séries australiennes, pour une maturité atteinte vers cinquante-sept centimètres. Un poisson de cette taille a derrière lui une décennie ou davantage, et il l’a passée à changer de milieu.
Le second est commercial. L’espèce se vend partout dans l’Indo-Pacifique, se congèle sans rancir — ce qui lui ouvre l’exportation — et son prix ne plafonne pas avec la taille. Aucun mécanisme de marché ne décourage donc de prendre le plus gros, c’est-à-dire le plus vieux, c’est-à-dire celui qui vient du large.
Le troisième est une rareté. La documentation la décrit comme une espèce de marché importante, mais jamais présente en grandes quantités. Une valeur élevée sur une ressource peu dense est une combinaison qui ne pardonne pas.
Reste la mangrove. Toute la classe des recrues vit dans un milieu qui n’est pas le récif, qui ne relève pas des mêmes protections et qui n’apparaît dans aucun tableau de débarquement. La pression exercée sur les estuaires ne se lit nulle part dans les statistiques de pêche de l’espèce, et agit pourtant sur elle.
Réglementation
Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).
À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.
Autres noms
Vivaneau des mangroves en français. Les six langues du catalogue s’accordent sur ce point et sur lui seul : mangrove red snapper, pargo de manglar, Mangroven-Schnapper, lutiano delle mangrovie, vermelho-do-mangue. Aucune n’a retenu la couleur adulte, ni la taille, ni le récif — toutes ont nommé la nurserie.
L’épithète scientifique, elle, décrit des taches argentées qu’un adulte du large n’a plus.
Sources : fishbase.se · api.gbif.org