
Vivaneau chien
Lutjanus jocu · Lutjanidae
- Mer
- Mer côtière
- Moyen
- Taille
60–128 cm
- Poids
2,8–29 kg
- Longévité
33 ans
- Profondeur
2–40 m
Où le pêcher
- Récif
- Côte rocheuse
Icônes des milieux : Flaticon
Fréquente les estuaires et pénètre occasionnellement dans les rivières. Se nourrit principalement de poissons et d'invertébrés benthiques, dont des crevettes, crabes, gastéropodes et céphalopodes.
Calendrier
Signalée dans 15 pays
Belize · Brésil · Colombie · Cuba · États-Unis · Guadeloupe · Guyane française · Honduras · Îles Caïmans · Îles Vierges britanniques · Îles Vierges des États-Unis · Martinique · Mexique · Panama · Porto Rico
Signalements GBIF — espèces natives et introduites confondues.
Son aire de répartition
L’aire américaine va du Massachusetts à São Paulo, golfe du Mexique et Caraïbes compris. C’est la répartition attendue.
L’inattendu est de l’autre côté de l’océan. L’espèce est présente aux rochers Saint-Pierre-et-Saint-Paul, à l’île de l’Ascension et à Tinhosa Grande, au sud de Príncipe : trois points minuscules de l’Atlantique central et oriental, séparés du continent américain par des milliers de kilomètres d’eau profonde.
Ces populations tiennent sur quelques hectares de récif chacune. Elles ne reçoivent rien de l’Ouest à l’échelle d’une saison, et ce qui s’y prélève ne se remplace pas depuis ailleurs. Une aire qui semble vaste sur une carte se compose ici de deux réalités sans rapport : un stock continental continu, et trois isolats.
Le reconnaître
Une paire de canines de la mâchoire supérieure est nettement plus longue que les autres, au point de rester visible gueule fermée. Aucun autre vivaneau de l’Atlantique ouest n’expose ainsi sa denture, et le caractère se lit sur un poisson dans une glacière comme sur un poisson dans l’eau.
Le second signalement est une barre pâle de forme triangulaire, tendue entre le bord inférieur de l’œil et l’arrière de la bouche. Elle est constante.
Le troisième change avec l’âge, et c’est le seul cas de ce genre parmi ses voisins. Les jeunes portent sous l’œil une ligne bleue continue ; chez l’adulte, cette ligne se fragmente en une rangée de points. La marque ne disparaît donc pas, elle se transforme — un adulte qu’on croit dépourvu de trait bleu en porte encore les morceaux.
Le corps est brun olive à reflets bronze sur le dessus, parfois barré de bandes claires étroites, et rougeâtre lavé de cuivre en dessous. Les pectorales, longues, atteignent le niveau de l’anus. Dix épines dorsales et quatorze à quinze rayons mous, trois épines anales et huit rayons ; le cran et le bouton du préopercule restent faibles.
L’eau qu’il lui faut
C’est le plus superficiel des grands vivaneaux atlantiques. La gamme complète va de deux à quarante mètres, l’ordinaire de cinq à trente.
Il faut mesurer ce que cela signifie. L’espèce compte parmi les grands vivaneaux de l’Atlantique ouest, et elle vit dans une tranche d’eau que le plongeur en apnée traverse, que la ligne du bord atteint, et où le sondeur n’est même pas nécessaire. Aucune profondeur ne la met à l’abri.
Les adultes tiennent les récifs coralliens et rocheux. Les jeunes vivent ailleurs : en estuaire, en mangrove, et il leur arrive de remonter dans les rivières. Comme chez plusieurs de ses parents, le début du cycle se joue hors du récif.
Zones
- Tombants récifaux profonds
- Structures rocheuses immergées
- Épaves
- Bordures de récifs coralliens
Techniques
- Pêche au vif de fond
- Pêche à la palangrotte
- Traîne profonde
- Pêche au leurre souple
Appâts
- Petits poissons vifs
- Calmars entiers
- Crevettes vivantes
- Crabes
- Poulpes en morceaux
Ce qu’il mange
Les poissons dominent, complétés par des invertébrés benthiques — crevettes, crabes, gastéropodes et céphalopodes.
Ce régime justifie la denture. Une paire de canines démesurée sert à saisir et à retenir une proie qui se débat, pas à broyer une coquille : c’est l’outillage d’un prédateur qui prend du poisson vivant, et les autres postes du menu viennent en complément.
Comment le pêcher
Le vif est l’appât logique, et la finesse du montage la contrainte principale. La documentation décrit un poisson méfiant, et la faible profondeur où il vit aggrave le problème : dans dix mètres d’eau claire, tout se voit.
Deux âges, deux terrains. Les jeunes se prennent en estuaire et en bordure de mangrove ; les grands sujets sur les tombants et les structures rocheuses, dans la tranche des cinq à trente mètres. Aller chercher les seconds au grand fond est une erreur d’adresse.
La taille courante est de soixante centimètres, et les plus grands sujets appartiennent à une autre catégorie de poisson : un tel individu a une trentaine d’années derrière lui — la longévité rapportée pour l’espèce atteint trente-trois ans.
Les canines, enfin, se respectent au décrochage. Elles sont assez développées pour être visibles bouche close, et la gueule d’un gros sujet n’est pas un endroit où engager les doigts.
Conservation
L’espèce cumule trois traits qui, séparément, ne poseraient pas de problème.
Elle vit dans les trente premiers mètres, c’est-à-dire dans la tranche où se concentrent la chasse sous-marine, la pêche artisanale et la pression côtière sur toute son aire. Elle atteint des tailles considérables, ce qui la désigne comme cible. Et elle vit longtemps, trente-trois ans au maximum rapporté, ce qui rend chaque grand individu irremplaçable à court terme.
La maturité, en revanche, arrive tôt : autour de trente-deux centimètres, dans un intervalle de trente et un à trente-six. La plupart des poissons débarqués ont donc déjà pondu, et ce n’est pas là que se situe la fragilité. Elle se situe dans la disparition progressive des vieux sujets d’une population qui met trois décennies à en produire.
Les isolats de l’Atlantique oriental relèvent d’une lecture à part. Une population confinée à un rocher équatorial n’a ni voisine ni réserve : ce qui y est prélevé ne se recompose que sur place, et rien ne garantit qu’elle en ait les moyens.
Réglementation
Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).
À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.
Autres noms
Vivaneau chien en français, dog snapper en anglais, Hundsschnapper en allemand, lutiano cane en italien. Quatre langues ont vu un chien, et l’on comprend ce qu’elles ont regardé : la canine qui dépasse. L’espagnol s’est abstenu de comparer et dit pargo jocú, en reprenant l’épithète scientifique.
Le portugais du Brésil, lui, a nommé la dent plutôt que l’animal qui la porte — dentão, la grosse dent. C’est le nom le plus exact des six, et le plus utile sur un étal : il désigne le caractère qu’on vérifie, pas la ressemblance qu’on imagine.
Sources : fishbase.se · api.gbif.org