
Inconnu
Stenodus leucichthys · Salmonidae
- Eau douce
- Salmonidés
- Difficile
- Taille
61–150 cm
- Poids
2,3–40 kg
- Longévité
22 ans
Où le pêcher
- Estuaire
- Lac
- Rivière
Icônes des milieux : Flaticon
Grand salmonidé au corps allongé et argenté, à la bouche large bien développée, capable d'atteindre des tailles imposantes parmi les corégones d'Amérique du Nord.
Calendrier
Signalée dans 2 pays
Signalements GBIF — espèces natives et introduites confondues.
Son aire de répartition
L’aire se compose de deux blocs sans lien entre eux. Le premier couvre l’Arctique nord-américain, de la rivière Anderson dans les Territoires du Nord-Ouest jusqu’au Kuskokwim en Alaska, avec des remontées dans le Mackenzie et le Yukon jusqu’en Colombie-Britannique. Le second est eurasien : la Caspienne et ses tributaires, Volga, Oural, Terek.
Ce second bloc est une anomalie géographique et c’est là que se concentrent les difficultés de l’espèce. Un poisson boréal, dont le reste de l’aire se situe au-delà du cercle polaire, y occupe une mer fermée très au sud, avec une population qui remontait autrefois le fleuve sur des distances considérables pour se reproduire.
Le reconnaître
La gueule règle la question. Elle est grande, la mâchoire inférieure dépasse la supérieure et se projette vers l’avant — une bouche de prédateur, posée sur un corps de corégone. Aucun autre poisson blanc du Nord ne présente cette combinaison.
Le second caractère se compte sur le premier arc branchial : treize à dix-sept branchiospines seulement sur sa branche inférieure. C’est très peu. Les corégones filtreurs en portent un peigne long et serré, qui leur sert à retenir le zooplancton ; ici, l’appareil est réduit, parce qu’il ne filtre plus rien.
Le reste appartient à la famille. Corps fusiforme et argenté, dos vert, bleu ou brun pâle, ventre blanc, marges de la dorsale et de la caudale enfumées, les autres nageoires claires. La dorsale est haute et pointue, les ventrales portent un long processus axillaire. La colonne compte soixante-trois à soixante-neuf vertèbres.
Un point de vigilance concerne les hybrides. Le croisement avec plusieurs corégones est documenté, et il s’explique par la façon dont l’espèce se reproduit : les gamètes sont émis en pleine eau au-dessus du gravier, sans appariement strict, si bien que les émissions de deux espèces présentes au même endroit se rencontrent.
La reproduction
La montée commence à la débâcle. Les poissons quittent les zones d’hivernage dès que la glace casse ; les premiers déplacements ressemblent encore à de la recherche de nourriture, puis le mouvement devient une migration franche vers les frayères, parfois très loin en amont dans les grands fleuves de plaine.
La fraie commence au crépuscule et se poursuit une bonne partie de la nuit. La femelle, accompagnée d’un mâle, gagne la surface à l’extrémité amont de la frayère et traverse rapidement le courant en libérant ses œufs. Le mâle se tient sous elle et féconde les œufs pendant leur descente vers le gravier. La femelle se laisse ensuite dériver, puis recommence sur la partie aval de la zone ou remonte à la tête de celle-ci pour un nouveau passage. La descente vers les quartiers d’hiver suit de peu la fin de la ponte.
Le point qui compte n’est pas cette chorégraphie mais son intervalle. Rien n’indique que la reproduction soit annuelle. Les poissons russes semblent ne frayer qu’une année sur trois ou sur quatre ; ceux de la Selawik, en Alaska, une année sur deux. Une femelle mûre rencontrée sur la montée représente donc deux à quatre années d’accumulation, et non une saison.
L’eau qu’il lui faut
L’espèce circule entre trois milieux. Les adultes fréquentent les eaux saumâtres côtières devant les embouchures, mais se tiennent le plus souvent en rivière ou dans des lacs sans communication avec la mer. En mer, ils occupent la zone pélagique du bassin, sous dix-huit degrés, entre vingt et cinquante mètres.
Une particularité mérite l’attention : l’hivernage n’est pas une mise en veille. Juvéniles et adultes hivernent et se nourrissent en même temps, ce qui distingue nettement ce poisson des espèces qui cessent de s’alimenter pendant la saison froide. À l’inverse, il ne mange pratiquement plus pendant la migration de reproduction.
Zones
- Grands fleuves boréaux
- Fosses profondes
- Embouchures de rivières
- Lacs nordiques
Techniques
- Cuillère tournante
- Poisson nageur
- Pêche à la mouche streamers
- Lancer lourd
Appâts
- Cuillères argentées
- Poissons nageurs
- Grands streamers
- Leurres souples
- Petits poissons morts
Ce qu’il mange
Les adultes se nourrissent surtout de petits poissons. Les jeunes prennent des larves d’insectes aquatiques et des crustacés planctoniques, puis basculent une fois pour toutes vers la proie vertébrée.
Cette bascule fait de l’espèce une exception dans sa famille. Les corégones sont pour l’essentiel des filtreurs de plancton et des consommateurs d’invertébrés benthiques ; celui-ci chasse. La réduction du peigne branchial et l’allongement de la gueule sont les deux traces anatomiques de ce changement de régime, et c’est en cela qu’il ne se pêche pas comme les autres poissons blancs du Nord.
Comment le pêcher
Un corégone qui mange du poisson se pêche comme un carnassier. Les imitations d’éclosion et de zooplancton qui valent pour les autres membres de la famille ne servent à rien : ce qui figure une petite proie argentée les remplace.
La fenêtre est commandée par l’alimentation, pas par la présence. Le poisson est visible et concentré pendant la montée vers les frayères, moment où il ne mange presque plus ; il est en revanche en pleine activité alimentaire sur les zones d’hivernage et de nourrissage, y compris pendant la saison froide. Chercher les rassemblements de reproduction est donc le meilleur moyen de voir des poissons et le pire d’en prendre.
Le gabarit demande enfin d’être remis à l’échelle. La maturité s’acquiert entre soixante-dix et soixante-quinze centimètres : un sujet sensiblement plus court n’a selon toute vraisemblance jamais frayé, et un très grand poisson cumule à la fois beaucoup d’années et un petit nombre de reproductions effectives. La manipulation d’une femelle prise sur la montée engage plusieurs saisons de reproduction à la fois.
Conservation · Quasi menacée (UICN) — Cette espèce est en déclin. Relâche vite tes prises et manipule-les avec soin — mains mouillées, le moins de temps possible hors de l'eau.
Conservation
L’expertise d’octobre 2023 retient une population en déclin, de faible effectif et concentrée. Le facteur le mieux identifié tient à l’accès aux frayères : l’espèce se reproduit sur des hauts-fonds de gravier situés loin en amont, et tout obstacle placé sur la route en supprime la totalité d’un coup, sans réduction progressive.
C’est ce qui s’est joué sur la Volga. Les poissons de la Caspienne remontaient très haut dans le fleuve ; l’équipement hydroélectrique du bassin a fermé cette route, et ce qui subsiste au sud dépend largement d’un soutien artificiel. Le bloc arctique, moins aménagé, reste dans une situation différente, mais la même logique s’y appliquerait au premier barrage.
Le rythme de reproduction aggrave le mécanisme. Une population qui ne fraie qu’une année sur trois ou sur quatre remplace ses adultes lentement, et absorbe mal un prélèvement qu’une espèce à ponte annuelle encaisserait. Le décalage entre la vitesse à laquelle on retire des poissons et celle à laquelle ils reviennent est ici plus grand que dans la plupart des pêcheries d’eau douce.
Réglementation
Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).
À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.
Autres noms
Les anglophones du Canada l’appellent inconnu, en français dans le texte : le nom serait celui que lui ont donné les voyageurs francophones du Mackenzie, faute de le rattacher à un poisson connu, et il est passé tel quel dans la littérature scientifique de langue anglaise. En Alaska, on dit sheefish.
Le russe l’appelle nelma, et la forme caspienne belorybitsa, « poisson blanc ». L’épithète scientifique dit exactement la même chose, leucichthys étant composé du grec pour blanc et pour poisson ; le nom de genre, Stenodus, porte sur la dentition et signifie « dent étroite ». Nom d’espèce et nom populaire russe disent donc la même chose ; le nom de genre, lui, retient la gueule.
Sources : fishbase.se · api.gbif.org