
Perche du Nil
Lates niloticus · Latidae
- Eau douce
- Carnassiers
- Moyen
- Taille
100–200 cm
- Poids
9,8–200 kg
- Profondeur
10–60 m
Où le pêcher
- Lac
- Rivière
Icônes des milieux : Flaticon
Imposant prédateur dulçaquicole de la famille des Latidae, au corps argenté massif avec une nageoire dorsale en deux parties, introduit dans de nombreux lacs africains.
Calendrier
Signalée dans 19 pays
Bénin · Cameroun · Congo-Kinshasa · Côte d’Ivoire · Égypte · États-Unis · Ghana · Guinée · Italie · Kenya · Mali · Niger · Nigeria · Ouganda · République centrafricaine · Sénégal · Soudan · Tanzanie · Tchad
Signalements GBIF — espèces natives et introduites confondues.
Son aire de répartition
L’aire d’origine dessine une bande continue en travers du continent, du Sénégal au Nil : Niger, Volta, Tchad, bassin du Congo, lacs Albert, Turkana et Tana. Cette continuité entre des fleuves qui n’ont aujourd’hui aucun contact s’explique par leur passé — le Sahara a connu des phases humides, ces bassins ont communiqué, et ils ont gardé une faune commune que le désert sépare désormais sans l’avoir modifiée. La perche du Nil est présente à peu près partout en Afrique de l’Ouest, à l’exception notable de la Gambie.
Le reste vient d’introductions, et l’une d’elles est devenue le cas d’école de la discipline. Déversée dans le lac Victoria au milieu du vingtième siècle pour y créer une pêcherie de gros poisson, elle y a rencontré plusieurs centaines de cichlidés endémiques, chacun spécialisé sur une ressource, aucun n’ayant jamais eu affaire à un prédateur de cette taille. En trois décennies, la perche dominait les captures du lac et une grande partie de ces cichlidés avait disparu des filets. La surpêche et l’enrichissement des eaux ont agi en même temps ; le prédateur est ce qui a changé le plus vite. Plusieurs États ont depuis constaté des dommages écologiques là où on l’a installée.
Ce qui a suivi tient autant à l’économie qu’à l’écologie. Un poisson de cent kilos ne se traite pas comme un cichlidé de dix centimètres et ne se vend pas au même marché : la pêche du lac est passée d’une activité vivrière à une filière de filets destinés à l’exportation, avec les usines et les circuits que cela suppose. L’introduction n’a pas seulement changé le peuplement du lac, elle a changé qui mange quoi sur ses rives.
Le reconnaître
L’œil trahit l’espèce avant tout le reste : son intérieur est d’un jaune franc, bien visible, sur une tête par ailleurs uniformément argentée. Chez un poisson dont la robe ne porte ni bande, ni tache, ni marbrure, ce jaune est le seul point de couleur.
Le dos est gris-bleu sombre, le flanc et le ventre gris argenté, les nageoires grises. Les juvéniles sont bruns, marbrés de clair sur la tête et les flancs : deux livrées sans rapport pour la même espèce, la seconde s’effaçant avec la croissance.
La bouche est grande et protractile, la mâchoire inférieure un peu proéminente. Elle est garnie de dents villiformes — de véritables brosses, sur les mâchoires, le palais et le vomer — qui ne coupent rien et retiennent tout. Un poisson qui avale sa proie entière n’a pas besoin de lame.
L’armement est ailleurs. Le préopercule et l’os lacrymal sont dentelés, et l’opercule porte sur son bord libre une épine forte, doublée d’une seconde plus petite au-dessus. La dorsale est coupée en deux par une échancrure profonde, épineuse à l’avant et molle à l’arrière ; la caudale est arrondie. Cinquante-quatre à soixante-quatorze écailles cténoïdes sur la ligne latérale, suivies de six à huit écailles perforées sur la base de la caudale, et douze à quatorze branchiospines sur la branche inférieure du premier arc.
L’eau qu’il lui faut
Chenaux, lacs et canaux d’irrigation : l’espèce s’accommode d’un plan d’eau creusé par l’homme aussi bien que d’un fleuve. Ce qui la fixe est la profondeur — dix à soixante mètres pour les adultes, qui vivent au contact du fond.
Les jeunes occupent l’inverse, les petits fonds et les bordures. Cette séparation verticale entre les âges est nette et vaut d’être connue : chercher un gros sujet dans les hauts-fonds où le poisson de deux kilos abonde ne mène nulle part.
Zones
- Tombants rocheux des grands lacs
- Zones pélagiques profondes
- Débouchés de rivières
- Hauts-fonds à proximité des profondeurs
Techniques
- Jigging vertical en profondeur
- Lancer-ramener aux grands leurres
- Pêche à la traîne
- Vif en dérive
- Leurres nageurs
Appâts
- Poissons-appâts entiers
- Grands leurres métalliques
- Leurres nageurs profonds
- Vifs de grande taille
- Jigs lourds
Ce qu’il mange
Le menu change trois fois au cours de la vie. Les alevins prennent du plancton, les petits sujets des crustacés de bonne taille et des insectes, les adultes du poisson — clupéidés et Alestes pour l’essentiel, c’est-à-dire des bancs de pleine eau.
Il y a là une contradiction apparente, et elle indique où se tient l’espèce. Un animal qui vit au fond et se nourrit de bancs pélagiques ne peut pas chasser dans son propre milieu : il attend au pied des tombants, sur les ruptures de pente et le long des chenaux, là où l’eau libre passe au-dessus du substrat. Le poste est benthique, la proie ne l’est pas.
Comment le pêcher
Deux faits commandent tout le reste : la profondeur du poisson et la nature de son armement.
La profondeur d’abord. Les adultes se tiennent entre dix et soixante mètres, contre le fond, tandis que leurs proies circulent au-dessus. Les techniques qui donnent sont donc celles qui atteignent cette couche et y restent : jig vertical sur les tombants, traîne profonde le long des ruptures, vif en dérive au-dessus des chenaux. Prospecter la surface d’un lac où l’espèce abonde peut ne rien produire pendant des heures.
L’armement ensuite, et il n’est pas là où on l’attend. Les dents ne coupent pas : ce sont des brosses faites pour retenir, et un bas de ligne fin y survit très bien. Ce qui sectionne, c’est la joue — préopercule dentelé, lacrymal dentelé, deux épines sur l’opercule. Le fil s’use au moment où le poisson secoue la tête, pas au moment où il mord, et la main se coupe à la prise, pas au décrochage.
Reste la masse. La taille courante tourne déjà autour du mètre, et les maxima que rapportent les sources ne s’accordent pas entre eux — le plus lourd sujet réellement vérifié l’a été au lac Albert. Un animal de cet ordre ne se manipule pas seul et ne supporte pas une longue exposition hors de l’eau.
Conservation
L’ironie est complète : l’espèce qui a effacé une faune ailleurs recule chez elle. La surexploitation en est la cause identifiée, et le mécanisme tient à un seul chiffre. La maturité arrive vers soixante-quinze centimètres, avec une fourchette de cinquante-trois à quatre-vingt-cinq. Il faut donc dépasser les trois quarts du mètre pour frayer une première fois, dans une pêcherie dont l’essentiel des captures se situe bien en dessous.
La valeur marchande achève le tableau. La chair se vend cher et loin, l’élevage s’est développé, et la demande ne baisse pas quand le poisson se raréfie : elle se reporte sur des individus plus petits, c’est-à-dire précisément sur ceux qui n’ont pas encore frayé.
Il faut y ajouter ce que l’espèce fait subir là où on la transporte. Elle figure parmi les nuisibles potentiels, et déplacer un sujet vivant vers un bassin qui n’en compte aucun reste le seul geste dont on connaisse le résultat avec certitude.
Réglementation
Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).
À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.
Autres noms
Perche du Nil dans les six langues du catalogue, et le nom est doublement trompeur. L’espèce n’appartient pas à la famille des perches mais à celle des Latidés, et le Nil n’est qu’un bassin parmi la dizaine qu’elle occupe naturellement — le Sénégal, le Niger, la Volta et le Tchad y auraient autant droit.
En Afrique de l’Ouest francophone, personne ne dit perche du Nil. On dit capitaine, et le mot désigne ce poisson sur les étals de Bamako comme de Dakar. C’est le nom d’usage d’une espèce que l’Europe ne connaît, pour l’essentiel, qu’en filet congelé sous celui d’un fleuve.
Sources : fishbase.se · api.gbif.org