
Truite fardée
Oncorhynchus clarkii · Salmonidae
- Eau douce
- Salmonidés
- Moyen
- Taille
99 cm
- Poids
19 kg
- Longévité
13 ans
- Profondeur
0–200 m
Où le pêcher
- Lac
- Rivière
Icônes des milieux : Flaticon
La truite fardée se reconnaît à ses taches rouge vif sous les mâchoires (les « coupures ») et à ses nombreuses taches noires sur le corps ; appartient à la famille des Salmonidés.
Calendrier
Signalée dans 3 pays
Canada · États-Unis · Suède
Signalements GBIF — espèces natives et introduites confondues.
Son aire de répartition
L’aire couvre la façade pacifique, du nord du détroit du Prince-William en Alaska jusqu’à l’Eel River, dans le nord de la Californie, et l’espèce occupe la plupart des cours d’eau qui s’y jettent. Elle s’arrête vers le quarantième parallèle au sud, et la tolérance thermique retenue pour elle plafonne à vingt-trois degrés : ce sont deux façons de dire la même limite.
Cette continuité apparente masque un morcellement extrême. Au moins quatorze sous-espèces ont été distinguées au fil du temps, chacune attachée à un réseau hydrographique particulier. Parler de truite fardée au singulier n’a donc guère de sens : la forme d’un bassin diffère de celle du bassin voisin, et c’est cette mosaïque qui fait l’intérêt biologique de l’espèce autant que sa fragilité.
Le comportement migratoire suit le même morcellement. Les adultes anadromes remontent depuis la mer ; les jeunes restent un ou deux ans en ruisseau avant de descendre, et certaines populations ne gagnent jamais le sel. À l’inverse, il arrive que des individus issus de lignées migratrices demeurent jusqu’à huit ans en eau douce.
Des déversements ont eu lieu à l’intérieur même de l’aire naturelle, ainsi que dans quelques lacs de l’est de l’Amérique du Nord. Les premiers ne sont pas anodins : introduire une souche dans le bassin d’une autre revient à mettre en contact des formes que la géographie tenait séparées.
Le reconnaître
Deux traits rouge vif barrent le dessous des mâchoires, de part et d’autre de la gorge. Ce sont les « coupures » qui ont valu son nom à l’espèce dans toutes les langues, et elles restent le point de départ de toute détermination.
Le reste de la robe est trop variable pour trancher seul. Le fond va du vert sombre au bleu-vert sur le dos, passe à l’olive sur le haut du flanc et à l’argent sur le bas et le ventre ; les opercules tirent sur le rose. La distribution des points est en revanche informative : ceux qui se trouvent sous la ligne latérale sont plus nombreux vers l’avant du corps, et des taches irrégulières marquent la dorsale, l’adipeuse et la caudale ainsi que la base — et non toute la surface — de l’anale, des pectorales et des ventrales.
Un poisson revenu de mer ou fraîchement entré en eau douce ne ressemble pas au précédent : argenté, dos bleuté, bas des flancs et nageoires jaunâtres, semis de points clairsemé. Les coupures, elles, restent lisibles.
Huit à onze rayons mous à la dorsale, huit à douze à l’anale. La section du corps est ovale.
Sur le format, l’écart est spectaculaire. La maturité s’atteint entre quinze et dix-huit centimètres, taille à laquelle un poisson de ruisseau se reproduit déjà, et l’espèce vit jusqu’à treize ans. Le même patrimoine produit un poisson de main et un poisson de lac.
La reproduction
La ponte se déroule indifféremment de jour et de nuit, ce qui est peu commun chez les salmonidés et rend l’activité de frai plus difficile à surprendre qu’on ne l’attendrait.
La femelle repère l’emplacement et façonne la fosse pendant que le mâle parade et écarte les concurrents. Elle s’installe dans la dépression, il la rejoint, et les produits sont émis simultanément : les œufs tombent alors dans les interstices entre les graviers, où ils resteront. Elle reprend ensuite son travail à la bordure amont, jusqu’à recouvrir complètement la ponte.
Le choix qui suit est propre à cette espèce. Une fois la nouvelle fosse achevée, elle peut y frayer de nouveau sur place, ou l’abandonner et recommencer ailleurs le processus entier. Les deux sexes s’accouplent avec un ou plusieurs partenaires.
L’eau qu’il lui faut
Le milieu recherché est modeste : des cours d’eau plutôt petits, à fond de gravier et à pente douce. Ni le torrent de forte pente ni le grand fleuve ne correspondent à l’optimum de l’espèce, qui se tient sur le fond et fréquente jusqu’à deux cents mètres pour ses formes marines.
La densité varie énormément d’un ruisseau à l’autre. Dans certains, c’est le poisson le plus abondant que rencontre un pêcheur ; dans d’autres, la population reste minuscule sans que l’habitat paraisse différent. Cette hétérogénéité tient moins à la ressource qu’à l’histoire de chaque cours d’eau — ce qui y a été introduit, ce qui y a été prélevé.
Zones
- Ruisseaux de montagne
- Lacs d'altitude
- Rapides et radiers
- Confluences de torrents
Techniques
- Mouche sèche
- Nymphe en dérive
- Streamer
- Ultra-léger aux leurres fins
Appâts
- Mouche artificielle sèche
- Nymphe
- Streamer
- Ver de terre
- Crevette d'eau douce
Ce qu’il mange
Petits poissons, crustacés et insectes composent l’alimentation, dans des proportions qui suivent la taille de l’individu et la richesse du cours d’eau.
Ce régime généraliste ne lui donne pourtant pas l’avantage : l’espèce est mauvaise concurrente et cède le terrain devant d’autres salmonidés placés dans les mêmes eaux. C’est une différence de tempérament, pas de menu, et elle explique la disparition de populations entières là où d’autres truites ont été déversées.
Comment le pêcher
Une phrase résume le sujet et devrait précéder toute sortie : cette truite ne supporte pas la pression de pêche. Elle se prend facilement, se raréfie vite, et un ruisseau généreux peut se vider en une saison sans que le milieu ait changé. La remise à l’eau n’est pas ici une préférence de style, c’est la condition pour que la population qu’on pêche existe encore l’année suivante.
Deux corollaires en découlent. Le premier concerne la taille des eaux : de petits ruisseaux à pente douce abritent des effectifs limités, faciles à épuiser, et il vaut mieux les enchaîner que les exploiter. Le second concerne la taille des poissons : dans la plupart de ces ruisseaux, un adulte reproducteur mesure moins de vingt centimètres, ce qui suppose du matériel fin et des hameçons proportionnés si l’on veut relâcher des poissons intacts.
Les formes de lac et les poissons revenus de mer relèvent d’une tout autre échelle, et c’est d’eux que viennent les records. Ils sont aussi bien moins nombreux.
Conservation
Trois faiblesses se cumulent chez cette truite, et elles ont été identifiées ensemble : elle rivalise mal avec les autres poissons, elle s’hybride facilement, et elle ne résiste pas à un prélèvement soutenu. Chacune suffirait à mettre une espèce en difficulté ; réunies, elles expliquent que des stocks se soient effondrés sans qu’aucune pollution ni aucun barrage n’entre en jeu.
L’hybridation est la plus insidieuse. Elle ne fait pas disparaître les poissons, elle dissout ce qui distinguait une lignée locale, et le résultat ressemble encore à une truite fardée. Les quatorze sous-espèces reconnues représentent autant de patrimoines qu’un seul déversement mal placé peut confondre définitivement.
Le maintien de l’espèce se joue donc bassin par bassin, sur des décisions de gestion — ne rien introduire dans un réseau qui porte une forme locale — plus que sur la protection d’un habitat qui, la plupart du temps, n’a pas changé.
Réglementation
Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).
À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.
Autres noms
Truite fardée en français, image du maquillage appliqué sous la gorge ; les langues voisines ont préféré garder le terme anglais, cutthroat trout, et l’ont simplement adapté — Cutthroat-Forelle, trota cutthroat. L’espagnol et le portugais traduisent au plus près de l’anatomie avec trucha degollada et truta-degolada. Les quatorze formes régionales portent en outre chacune un nom d’usage lié à leur bassin.
Sources : fishbase.se · api.gbif.org