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EspècesNœuds
Mulet à lèvres rouges
Photo : Piscary

Mulet à lèvres rouges

Planiliza haematocheilus · Mugilidae

  • Mer
  • Mer côtière
  • Moyen
  • Taille

    50–80 cm

  • Poids

    1,0–5,0 kg

  • Profondeur

    5–10 m

Où le pêcher

  • Estuaire
  • Côte rocheuse

Icônes des milieux : Flaticon

Grand muge euryhalin originaire d'Asie de l'Est, introduit en mer Noire, reconnaissable à l'iris et aux lèvres teintés de rouge orangé.

Calendrier

Signalée dans 5 pays

Chine · Corée du Sud · Japon · Russie · Ukraine

Signalements GBIF — espèces natives et introduites confondues.

Son aire de répartition

L’aire d’origine longe le Pacifique nord-ouest : de Hokkaido au sud de Kyushu, et du fleuve Amour jusqu’à Xiamen en passant par la péninsule coréenne, avec un signalement au Viêt Nam. Cela couvre une bande de latitudes qui va du cinquante-troisième au dix-huitième degré nord.

Cette bande est la clé de ce qui a suivi. La mer Noire et la mer d’Azov se situent en plein dedans, et le poisson transféré n’a donc pas eu à s’adapter à un climat : il a retrouvé les températures de chez lui, dans un bassin dessalé qui convient à un euryhalin. L’espèce est aujourd’hui installée en mer Noire, en mer d’Azov, en mer Égée et en Méditerranée.

Un mulet transplanté qui prospère n’est pas un accident isolé dans l’histoire des pêches : c’est l’un des rares transferts halieutiques dont le résultat est aussi net, et il se lit dans les deux colonnes du bilan.

Le reconnaître

Tout le signalement est sur la tête : l’iris et les lèvres tirent au rouge orangé. Le corps, lui, est celui de la famille, et aucun comptage de nageoires ni aucune mesure de museau n’est donné pour cette espèce dans la source consultée.

Se fier à une teinte demande de la méthode. Une couleur d’iris se juge sur un poisson vivant, à la lumière du jour, et elle passe vite après la mort. Pris à temps, le caractère est immédiat ; sur un poisson gardé une heure en bourriche, il ne vaut plus rien.

Le gabarit aide, mais pas partout. Dans son aire d’origine, la taille courante atteint cinquante centimètres, ce qui en fait un mulet nettement plus grand que ceux d’Europe. En mer Noire, où il a été introduit, les poissons mesurent d’ordinaire vingt à trente centimètres et dépassent rarement quarante-trois. Une référence de taille prise dans le Pacifique ne vaut pas en mer d’Azov.

La reproduction

Le cycle est catadrome, avec une contrainte que peu de mugilidés imposent : le juvénile passe sa première année entière en eau douce, puis descend en mer pour se reproduire. L’eau douce n’est pas ici une tolérance mais une étape obligée, et un bassin dont la rivière est barrée ne fabrique pas de recrutement.

Une date précise ressort des relevés. En août, les alevins de l’année, longs de trois à six centimètres, se concentrent en masse aux embouchures. C’est le seul moment du cycle qui soit à la fois daté et localisé.

Les œufs sont pélagiques et non adhésifs, ce qui est la règle dans la famille.

Reste une donnée difficile à interpréter. La taille de première maturité indiquée commence à quarante-huit centimètres — au-dessus de ce que mesure la grande majorité des poissons de la mer Noire. Deux lectures s’offrent : soit le chiffre vient de l’aire d’origine et ne se transpose pas, soit la population introduite se reproduit à une taille moindre. La source ne tranche pas, et il vaut mieux le savoir avant de raisonner sur une prise.

L’eau qu’il lui faut

Le poisson occupe des hauteurs d’eau faibles, cinq à dix mètres, sur la frange côtière, et remonte les fleuves jusque dans leurs parties douces. Les rivières qui se jettent dans la baie de Pierre-le-Grand, dans son aire d’origine, en portent des densités notables.

L’amplitude de salinité qu’il traverse est totale, de la mer ouverte à la rivière, et il la traverse dans les deux sens au cours de sa vie. C’est cette plasticité, jointe à un régime sans exclusive, qui a fait de lui un colonisateur : la même combinaison, chez n’importe quelle espèce, produit les mêmes conséquences.

Zones

  • Estuaires et deltas
  • Zones intertidales
  • Ports et quais
  • Lagunes côtières

Techniques

  • Pêche au flotteur
  • Pêche à la plombée légère
  • Pêche au feeder côtier
  • Pêche à la canne fixe

Appâts

  • Vers de sable
  • Crevettes fraîches
  • Mie de pain
  • Algues
  • Pâte aromatisée

Ce qu’il mange

La source tient en un mot : omnivore. C’est peu écrit et lourd de sens, parce que la plupart des mugilidés qui partagent ses eaux d’adoption sont des brouteurs de dépôt, dont la ressource est le film d’algues et la vase organique.

Un omnivore, lui, prend ce qui se présente. Il ne dépend pas d’un pâturage particulier, il n’a pas de saison creuse imposée par la pousse des algues, et il occupe des milieux où un herbivore strict jeûnerait.

Pour la pêche, la différence est immédiate : les appâts animaux entrent dans le jeu, ce qui n’est pas vrai des mulets brouteurs de la même côte, chez qui pain et pâte restent la seule voie.

Comment le pêcher

Il se pêche là où l’eau change de salinité : embouchures, deltas, estran, quais et lagunes. La profondeur ordinaire, cinq à dix mètres, met tout cela à portée d’une canne du bord.

Son omnivorie autorise deux approches au lieu d’une. Les appâts végétaux fonctionnent comme sur les autres mulets ; les appâts animaux fonctionnent aussi, et c’est ce qui le rend accessible à un pêcheur qui n’a jamais préparé de pâte.

Le mois d’août concentre les jeunes de l’année aux embouchures. Ils ne sont pas des prises, mais ils sont un indicateur : leur présence dit qu’un fleuve fonctionne encore comme nurserie, et donc où chercher les adultes en descente.

Attention enfin au format attendu. Sur les côtes d’introduction, un poisson de vingt à trente centimètres est la norme, et les gabarits d’un demi-mètre appartiennent à l’aire d’origine.

Conservation

Ce n’est pas l’espèce qui est en cause ici, c’est ce qu’elle produit là où on l’a mise.

Le constat est chiffré du côté de l’abondance : en mer d’Azov, ce mulet est devenu le mugilidé le plus abondant. Le long des rives de la mer Noire, son expansion coïncide avec le recul marqué des mugilidés indigènes, qu’il remplace — et la source écrit bien qu’il les remplace « apparemment ». La corrélation est établie, le mécanisme ne l’est pas. Compétition pour le même pâturage, occupation des mêmes nurseries fluviales, simple coïncidence de deux tendances : rien de tout cela n’est démontré dans le document.

Cette prudence de rédaction mérite d’être conservée telle quelle, parce que la suite en dépend. Le poisson soutient aujourd’hui une pêcherie commerciale dans le bassin même où les espèces locales ont reculé, et il y a désormais un intérêt économique attaché à sa présence. C’est la difficulté ordinaire des introductions réussies : la valeur créée devient un argument contre le retour en arrière, alors même que le retour en arrière n’est plus possible.

Un dernier point de méthode. Une espèce introduite n’a souvent pas d’évaluation de conservation dans son aire d’origine, et l’absence d’étiquette ne dit rien de l’état de ses populations asiatiques, qui sont exploitées.

Réglementation

Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).

À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.

Autres noms

Cinq langues sur six nomment les lèvres rouges : mulet à lèvres rouges, Rotlippen-Meeräsche, cefalo dalle labbra rosse, mújol de labios rojos, tainha-de-lábios-vermelhos. Le nom d’espèce dit la même chose en grec, haematocheilus étant construit sur le sang et la lèvre.

L’anglais fait exception : so-iuy mullet ne décrit rien, c’est un nom vernaculaire emprunté à l’aire d’origine du poisson et transcrit tel quel. Les pêcheries de la mer Noire ont conservé un emprunt du même ordre, et c’est là un indice historique en soi — un nom qui voyage avec l’animal signale un transfert, là où un nom descriptif signale une rencontre.

Le binôme, lui, a bougé plusieurs fois. L’espèce a été rangée dans Mugil, puis dans Liza, avant Planiliza : trois genres pour un seul poisson, dont il faut tenir compte en lisant la littérature ancienne.

Sources : fishbase.se · api.gbif.org

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