
Nase
Chondrostoma nasus · Cyprinidae
- Eau douce
- Carpes & blancs
- Facile
- Taille
25–50 cm
- Poids
0,2–1,5 kg
- Longévité
15 ans
Où le pêcher
- Rivière
Icônes des milieux : Flaticon
Voir hotu (synonyme ou espèce proche selon classification)
Calendrier
Son aire de répartition
L’aire d’origine s’arrête à la Meuse. Elle couvre à l’est les bassins de la mer Noire — Danube, Dniestr, Boug méridional, Dniepr —, ceux de la Baltique méridionale — Niémen, Oder, Vistule — et ceux du sud de la mer du Nord jusqu’à la Meuse comprise. La Turquie complète l’ensemble côté asiatique.
Tout ce qui se trouve à l’ouest et au sud de cette limite est le fait de l’homme. En France, le nase du Rhône, de la Loire, de la Seine et de l’Hérault est introduit ; en Italie et en Slovénie, celui de la Soča l’est aussi. Le même poisson est donc indigène dans un bassin français et allochtone dans le suivant, et la carte ne le dit pas.
Une précision de lecture : les signalements du bassin du Drin, lacs d’Ohrid et de Skadar compris, se rapportent à une espèce distincte.
Le reconnaître
La lèvre inférieure est doublée d’un étui corné épais, et la bouche forme une fente droite et transversale chez tout individu dépassant vingt centimètres. Ce n’est pas une bouche faite pour saisir : c’est un racloir. Aucun autre cyprinidé des rivières d’Europe centrale et occidentale ne présente cette combinaison.
Le second signe est visible de loin dans l’eau claire : les nageoires paires, l’anale et la caudale sont rouges. Sur un corps argenté et fusiforme, dépourvu de bande sombre marquée sur le flanc, la couleur des nageoires suffit souvent.
L’œil est grand — son diamètre représente la moitié aux deux tiers de l’espace entre les orbites. La ligne latérale compte cinquante-deux à soixante-six écailles, le plus souvent soixante à soixante-trois. La dorsale porte neuf rayons ramifiés et demi, l’anale dix à onze et demi, la caudale dix-neuf à vingt et un rayons ; les vertèbres sont au nombre de quarante-sept ou quarante-huit, les branchiospines de vingt-sept à trente-six.
Vingt-cinq centimètres est la mesure courante, quinze ans la longévité.
Chez les sujets plus petits que vingt centimètres, la bouche n’a pas encore pris sa forme droite. L’outil se met en place avec la taille, en même temps que le régime.
La reproduction
Toute la reproduction d’une population peut tenir en trois à cinq jours. Dans certaines rivières, la fenêtre est aussi courte que cela, et les femelles ne pondent qu’une fois par an.
Avant cela il faut monter. Les adultes remontent plusieurs dizaines de kilomètres pour atteindre les sites de ponte, souvent situés dans les affluents. Les mâles s’y rassemblent en grand nombre, chacun tenant un petit territoire — une mosaïque de postes serrés plutôt qu’une hiérarchie.
Les femelles déposent des œufs collants dans des cuvettes creusées dans le gravier, en eau vive et peu profonde. Le dispositif dépend entièrement de la qualité de ce gravier, qui doit rester perméable pour que l’eau circule autour des œufs.
L’eau qu’il lui faut
Le nase tient l’eau vive et peu profonde, et il a un poste de prédilection très reconnaissable : la bordure des remous que forment les piles de pont et les blocs rocheux. Le courant y accélère, le fond y reste propre, et le poisson se place juste à côté de la veine.
Il occupe les rivières moyennes à grandes, à courant modéré à rapide, sur roche ou gravier. La répartition suit la taille : les larves se tiennent sous la surface puis le long des rives, les tout jeunes juvéniles au fond des bordures très peu profondes, et chacun gagne des veines plus rapides à mesure qu’il grandit.
L’hiver redistribue tout. Les juvéniles hivernent dans les bras morts et les anfractuosités de berge ; les adultes descendent et forment des essaims denses dans les parties basses des rivières. Une population qui semble avoir déserté un secteur en décembre s’est simplement rassemblée quelques kilomètres en aval.
L’espèce est grégaire en toute saison.
Zones
- Courants modérés à vifs
- fonds caillouteux
Techniques
- Ligne au coup
- Feeder léger
Appâts
- Asticots
- Vers
- Pain
Ce qu’il mange
Le nase broute. Les adultes et les grands juvéniles se nourrissent de diatomées fixées sur le fond et de détritus, ce qui est rare chez les cyprinidés d’Europe : la plupart fouillent le sédiment, chassent ou filtrent, très peu raclent une pellicule vivante sur la pierre.
Les larves et les jeunes juvéniles, eux, prennent de petits invertébrés. Le basculement vers le broutage accompagne l’apparition de la lèvre cornée et de la bouche droite, autour de vingt centimètres. Ce poisson change de métier au cours de sa vie, et son anatomie change avec.
Ce régime a une conséquence qui dépasse l’animal. Les diatomées ne poussent que sur un substrat propre, balayé par le courant ; un fond colmaté par les fines n’offre rien à racler. La présence d’une population de nases dit donc quelque chose de l’état du lit, et sa disparition précède souvent celle des espèces que l’on surveille davantage.
Comment le pêcher
Un brouteur ne se pêche ni comme un prédateur ni comme un fouilleur. Le nase ne cherche pas de proie mobile et ne trie pas le sédiment : il racle une pellicule vivante. Il n’y a donc rien à imiter, et l’appât vaut par sa taille et par sa présentation dans le courant plus que par sa nature.
La bouche impose sa loi. Elle est petite, placée sous le museau, et sa lèvre inférieure est cornée : un hameçon proportionné et une piqûre franche comptent plus que la puissance du matériel.
Les postes sont d’une précision inhabituelle. Eau vive, peu profonde, fond de roche ou de gravier, et de préférence contre les remous d’une pile de pont ou d’un bloc. Le poisson étant grégaire, un poste correctement tenu en donne plusieurs.
La saison déplace la cible. Au printemps, les adultes sont partis en amont, parfois dans un affluent à des dizaines de kilomètres ; en hiver, ils sont massés dans les parties basses. Entre les deux, ils occupent les veines rapides de la rivière moyenne.
La chair est bonne mais très arêtée. Cela vaut d’être su avant de décider du sort d’une prise.
Conservation · Quasi menacée (UICN) — Cette espèce est en déclin. Relâche vite tes prises et manipule-les avec soin — mains mouillées, le moins de temps possible hors de l'eau.
Conservation
Le nase est en recul, et son calendrier explique pourquoi il l’est plus vite que d’autres.
Une femelle pond une fois par an, parfois sur une fenêtre de trois à cinq jours, après une montée de plusieurs dizaines de kilomètres vers un affluent. Chacun de ces trois éléments est un point de rupture. Un seuil infranchissable supprime l’accès ; une année où la fenêtre tombe pendant une crue ou un étiage supprime la ponte ; et rien ne rattrape ni l’un ni l’autre avant douze mois, faute d’une seconde émission.
Le substrat est le deuxième point. Les œufs sont déposés dans des cuvettes creusées dans le gravier ; les fines qui colmatent ce gravier étouffent la ponte là où elle se trouve. Les mêmes fines suppriment par ailleurs les diatomées dont vivent les adultes. Une rivière chargée en sédiment fin retire au nase sa reproduction et sa nourriture d’un seul coup.
Le troisième facteur est la pollution, qui agit sur les deux précédents.
Hors de son aire, le rapport s’inverse : le nase élimine ses proches. Dans le Rhône il évince Parachondrostoma toxostoma, la sofie ; dans la Soča, Protochondrostoma genei. Deux espèces au même métier, remplacées par un concurrent plus grand introduit chez elles. Le poisson qu’on cherche à sauver sur le Danube est celui qu’on voudrait voir disparaître du Rhône.
Réglementation
Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).
À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.
Autres noms
Nase en français, mot repris de l’allemand Nase, le nez, pour le museau qui déborde la bouche. L’allemand dit Nase ou Näsling, l’italien naso, le tchèque ostroretka. L’anglais utilise common nase, emprunté faute de nom propre : l’espèce n’a jamais atteint les îles Britanniques.
Chondrostoma signifie « bouche de cartilage », pour l’étui corné de la lèvre inférieure, et nasus reprend le nez. Les deux moitiés du nom scientifique décrivent la tête, et rien d’autre.
Sources : fishbase.se · api.gbif.org