
Tilapia à longues nageoires
Oreochromis macrochir · Cichlidae
- Eau douce
- Autres
- Moyen
- Taille
43 cm
- Temp. eau
18–35 °C
- Profondeur
5–14 m
Où le pêcher
- Lac
- Rivière
Icônes des milieux : Flaticon
Grand cichlidé africain reconnaissable à ses nageoires pectorales et pelviennes anormalement longues, corps argenté à teinte olivâtre avec des reflets irisés.
Calendrier
Signalée dans 7 pays
Botswana · États-Unis · La Réunion · Mozambique · Namibie · Wallis-et-Futuna · Zambie
Signalements GBIF — espèces natives et introduites confondues.
Son aire de répartition
Le domaine d’origine est celui de trois grands réseaux intérieurs : la Kafue, le haut Zambèze et le bassin du Congo, avec l’Okavango et la région du Ngami, le bassin du Cunene, la Chambeshi et la région du Bangweulu. Rien de côtier, rien d’estuarien.
Cette forme s’explique par une seule contrainte physiologique. La tolérance de l’espèce au sel est très faible, la plus faible des tilapias d’Afrique australe, et son aire s’arrête donc là où s’arrête l’eau douce. Ses congénères remontent les estuaires et longent le littoral ; celle-ci reste enfermée dans les bassins.
Des transferts l’ont installée ailleurs en Afrique, ainsi que dans les îles Hawaï.
Le reconnaître
Des mouchetures noires ou brun foncé occupent la région temporale, l’opercule et le dessous de l’œil chez l’adulte, la plupart placées sur les pores du système sensoriel latéral. Ce semis de points sur la joue est le caractère de terrain, d’autant qu’il s’accompagne d’une absence : aucune tache médio-latérale marquée sur le flanc, là où le tilapia du Mozambique en aligne deux à cinq et celui à trois taches trois ou quatre.
Le profil de la tête est raide et arrondi, ce qui donne à l’animal une face busquée reconnaissable de côté.
Trois détails achèvent la détermination sous la loupe. Les lobes de la plage dentée de l’os pharyngien inférieur sont largement arrondis. Les écailles de la joue s’ordonnent sur deux à trois rangées. Les écailles de la caudale, variables, n’envahissent pas les membranes inter-radiaires sauf à la base, et ne raidissent donc jamais la nageoire.
Les comptages tiennent en une ligne : quinze à dix-sept épines dorsales, onze à quatorze rayons mous, trois épines anales, neuf à douze rayons anaux, vingt-neuf à trente-deux vertèbres.
La reproduction
Le nid est un volcan. Le mâle édifie au centre de son territoire un cône de sédiment dont le sommet, plat ou légèrement creusé, sert de plate-forme d’accouplement ; l’ensemble est ceinturé d’une douve et d’un bourrelet périphérique, et le cône dépasse en hauteur ce mur d’enceinte. Aucun autre tilapia de la région ne construit cela — c’est précisément ce qui sépare l’espèce d’Oreochromis mweruensis, qui creuse au lieu d’édifier.
Ces constructions se groupent souvent en arènes, le long des berges de lac ou de rivière, sous un mètre cinquante à trois mètres d’eau. La saison va de septembre à mars dans la partie australe de l’aire.
L’accouplement passe par un organe singulier. La papille génitale du mâle se prolonge en franges d’environ vingt-cinq millimètres. Quand la femelle a déposé sa ponte au sommet du cône, le mâle passe au-dessus, et elle vient toucher ces franges de ses lèvres : le contact déclenche l’émission. Une part de la laitance féconde des œufs déjà en bouche, mais l’essentiel de la fécondation se produit à l’extérieur, dans le cratère. La littérature a longtemps hésité sur la nature de cet organe — Wickler a décrit en 1966 une structure évoquant un spermatophore, que Trewavas a plus tard rapportée à un simple filament de la papille, faute d’en avoir jamais observé en conditions naturelles.
Les quantités sont faibles par ponte et fortes au total. Dix à cinquante œufs déposés à chaque passage, mais jusqu’à mille trois cents portés en bouche selon la taille de la femelle, chacun de trois millimètres, vert-brun. Aucun couple ne se forme : les partenaires ne sont réunis que le temps de la ponte, et une femelle enchaîne les mâles au cours d’une même saison, si bien qu’elle finit par couver la descendance de plusieurs d’entre eux. Une nichée toutes les cinq semaines environ.
Les femelles en incubation se cachent dans la végétation dense. Les alevins peuvent quitter la bouche avant même la résorption complète de la vésicule ; ils restent groupés et sont repris chaque nuit et à chaque alerte. Vers vingt et un jours, à une vingtaine de millimètres, ils s’en affranchissent, tiennent d’abord les petits fonds de berge et les zones abritées, puis gagnent le large en grandissant.
L’eau qu’il lui faut
Les adultes recherchent l’eau calme, profonde et végétalisée, entre cinq et quatorze mètres, même si des captures les signalent dans d’autres configurations. La fourchette thermique observée va de dix-huit à trente-cinq degrés.
Les bancs se forment de façon occasionnelle et l’activité se tient de jour. Un poisson qui ne tolère pas le sel, qui fuit le courant et qui préfère les fonds encombrés se cherche dans les mêmes endroits que la carpe sous nos latitudes : les fosses tranquilles, les bordures d’herbiers et les queues de retenues.
Zones
- Berges végétalisées
- Deltas et plaines inondées
- Zones calmes de rivières
- Rives de grands lacs
Techniques
- Feeder
- Pêche à l'anglaise
- Pêche au coup
- Ligne flottante légère
Appâts
- Maïs doux
- Algues
- Pain de mie
- Granulés végétaux
- Ver de vase
Ce qu’il mange
Le détritus fournit l’essentiel de la ration, avec les cyanobactéries et les diatomées. Ce sont des aliments abondants et immobiles, qu’un poisson récolte au fond sans dépenser d’énergie à poursuivre quoi que ce soit.
Les juvéniles acceptent en plus de petits invertébrés et du zooplancton, et perdent cette habitude en grandissant. Le régime se simplifie donc avec l’âge, à l’inverse de bien des espèces qui élargissent leur menu en prenant de la taille.
Comment le pêcher
Un brouteur de dépôts se prend au fond, et sur ce que le fond contient. Les esches végétales et les pâtes travaillent mieux que les appâts animaux sur des adultes qui ne chassent plus rien de mobile depuis longtemps ; les jeunes, eux, acceptent encore les petits invertébrés.
La lecture de l’eau découle du reste. L’espèce se cantonne à l’eau douce, ce qui exclut de la chercher dans les parties basses des fleuves soumises à la marée. Elle occupe des fonds de cinq à quatorze mètres dans les zones calmes et végétalisées, et se rapproche des berges pendant la saison de ponte, où les arènes de cônes se repèrent dans un mètre cinquante à trois mètres d’eau.
La chair est réputée de bonne qualité, ce qui a soutenu à la fois une pêcherie commerciale et un élevage. L’espèce compte par ailleurs parmi celles que la documentation halieutique retient comme poisson de sport.
Conservation · Vulnérable (UICN) — Cette espèce est menacée d'extinction. Relâche-la systématiquement (no-kill), manipule-la avec le plus grand soin et vérifie la réglementation locale — sa pêche peut être interdite.
Conservation
La Zambie a interdit tout nouveau déversement de tilapia du Nil sur son territoire, et le haut Zambèze comme la Kafue comptent parmi les réseaux que la mesure protège. Ce sont deux des rivières où vit cette espèce. La raison de l’interdiction la concerne directement : les tilapias se croisent entre eux sans difficulté, et une hybridation généralisée fait disparaître une lignée locale bien avant de faire baisser la moindre capture.
L’évaluation qui sert de référence a près de vingt ans, ce qui la rend peu utile pour arbitrer quoi que ce soit aujourd’hui. Dans l’intervalle, la pêcherie commerciale s’est maintenue, l’élevage s’est développé et les transferts se sont poursuivis, à l’intérieur du continent comme vers les îles Hawaï.
Le poisson lui-même ne présente aucun danger pour qui le manipule.
Réglementation
Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).
À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.
Autres noms
Tilapia à longues nageoires en français, longfin tilapia en anglais : le nom usuel désigne une allonge des nageoires que la diagnose publiée ne retient pas comme caractère distinctif. Ce n’est pas là-dessus que se joue la détermination, mais sur les mouchetures de la joue et, en saison, sur la forme du nid. L’épithète macrochir signifie « grande main », en référence à la même impression d’ampleur.
Sources : fishbase.se · api.gbif.org