
Tilapia bleu
Oreochromis aureus · Cichlidae
- Eau douce
- Autres
- Moyen
- Taille
16–46 cm
- Poids
0,1–2,0 kg
- Temp. eau
8–30 °C
Où le pêcher
- Lac
- Rivière
Icônes des milieux : Flaticon
Cichlidé aux reflets bleutés caractéristiques, corps ovale et comprimé, avec une nageoire dorsale longue épineuse et une coloration argentée à bleu-vert.
Calendrier
Signalée dans 2 pays
Signalements GBIF — espèces natives et introduites confondues.
Son aire de répartition
L’aire naturelle est la plus septentrionale du genre, entre le dixième et le trente-cinquième parallèle nord : vallée du Jourdain, bas Nil, bassin du Tchad, Bénoué, Niger moyen et supérieur, fleuve Sénégal. Aucun tilapia africain ne remonte plus haut sans y avoir été porté.
Cette position explique le reste. Un poisson qui vit déjà aux marges du domaine tropical supporte des hivers qui arrêtent ses congénères, et c’est pour cela qu’on l’a choisi pour les étangs chauffés des États-Unis, d’Amérique centrale et du Sud, et d’Asie du Sud-Est. Il a également été lâché dans l’oasis d’Azraq, en Jordanie.
Au moins un pays a documenté un dommage écologique après cette installation.
Le reconnaître
Regarder la caudale, et ne regarder qu’elle dans un premier temps. Elle ne porte aucune barre verticale sombre régulière ; à la place, son bord distal s’élargit d’une large marge rose à rouge vif. Le tilapia du Nil, avec lequel la confusion est constante partout où les deux ont été introduits, montre exactement l’inverse.
Un mâle en reproduction laisse encore moins de doute. La tête prend un bleu métallique intense, la dorsale se borde de vermillon, la marge caudale se sature de rose. La femelle en ponte affiche les mêmes bordures dans une teinte plus pâle, plus orangée.
Deux caractères ostéologiques verrouillent la détermination : l’os préorbitaire est étroit, au maximum vingt et un et demi pour cent de la longueur de la tête chez les sujets jusqu’à vingt et un centimètres trois de longueur standard ; et la mâchoire pharyngienne inférieure a une lame courte. Chez l’adulte, les mâchoires ne s’hypertrophient pas — la mandibule dépasse rarement trente-six et huit pour cent de la longueur céphalique.
Les juvéniles se déterminent autrement. Le profil supérieur de la tête monte du museau sous un angle marqué, l’os pharyngien inférieur est presque triangulaire, les dents nombreuses sans être serrées. Le dos est sombre, la dorsale et l’anale rayées — obliquement sur la partie molle de la dorsale, longitudinalement sur la caudale — et la tache noire dite tilapienne est présente sur la dorsale molle. La lèvre inférieure se développe par en dessous. Comptages : quatorze à dix-sept épines dorsales, onze à quinze rayons mous, huit à onze rayons anaux, vingt-huit à trente et une vertèbres.
La reproduction
Ce sont les jours qui commandent, pas seulement la chaleur. Les longues photopériodes déclenchent la reproduction, les journées courtes l’inhibent, et le pic de ponte se situe entre la neuvième et la onzième heure de lumière. Un seuil thermique d’une vingtaine de degrés reste nécessaire, mais un printemps chaud et court ne suffit pas si la lumière n’accompagne pas.
Les cuvettes sont hors de proportion avec l’animal. Un mâle en creuse une, à la bouche et aux nageoires, qui atteint soixante centimètres de creux et quatre à six mètres de diamètre, généralement dans une zone peu profonde et enherbée ; les territoires se regroupent souvent en grappes. Leur défense passe par la parade latérale, la morsure de flanc et le combat gueule contre gueule.
Le mâle va chercher les femelles jusque dans leurs bancs. Dans le nid, la parade est symétrique : les deux poissons se présentent de flanc, se pincent et battent de la queue. La ponte tombe en une seule fournée, de quelques dizaines à cent œufs, aussitôt fécondés et aussitôt repris en bouche par la femelle. Une même femelle peut en porter jusqu’à deux mille au total.
Elle s’éloigne alors vers le large avec sa charge pendant que le mâle recommence avec une autre. L’éclosion arrive trois jours après la ponte ; la durée totale de l’incubation dépend de la température, treize à quatorze jours entre vingt-cinq et vingt-sept degrés, huit à dix jours à vingt-neuf. Les jeunes sortent à onze millimètres environ, restent groupés près de la tête maternelle et regagnent sa bouche à la moindre alerte ou sur un geste d’elle. Le lien se rompt au bout de cinq jours, ce qui est bref pour le genre.
En bassin, la maturité est atteinte vers cinq ou six mois.
L’eau qu’il lui faut
Huit degrés : c’est le plancher thermique observé, quand le tilapia du Nil réclame le double et celui du Mozambique dix-sept degrés en conditions naturelles. Le plafond se situe vers trente degrés en usage courant, avec une tolérance qui va jusqu’à quarante et un. Cet écart vers le bas est le trait le plus utile de l’espèce, en élevage comme dans la nature.
Les adultes acceptent des eaux passablement saumâtres, et la reproduction se déroule aussi bien en eau douce qu’en eau salée légèrement. L’espèce fréquente les étangs chauds et les retenues autant que les lacs et les cours d’eau, en pleine eau comme au milieu des pierres et de la végétation, à partir de cinq mètres de fond.
Le comportement social est double : les poissons forment des bancs, et deviennent territoriaux par périodes. Ce basculement suit la saison de reproduction.
Zones
- Lacs et réservoirs peu profonds
- Berges ombragées
- Zones calmes de cours d'eau
Techniques
- Pêche au feeder
- Pêche à l'anglaise
- Pêche aux graines
Appâts
- Maïs
- Pain de mie
- Vers de terre
- Granulés végétaux
Ce qu’il mange
Le phytoplancton domine, complété de faibles quantités de zooplancton. Les jeunes ont un menu plus large, riche en copépodes et en cladocères, avec des fragments de petits invertébrés.
Ce glissement du zooplancton vers le phytoplancton au fil de la croissance vaut d’être connu de qui pêche : le petit poisson chasse une proie mobile, le grand filtre une soupe végétale. Ce ne sont pas les mêmes stimuli qui les décident.
Comment le pêcher
Un banc localisé vaut mieux qu’un poste. L’espèce se déplace en groupes, ce qui rend la prospection payante et le piétinement inutile : une zone qui ne donne rien en dix minutes n’en donnera pas davantage en une heure. Pendant la saison de ponte, l’organisation change du tout au tout et les grappes de cuvettes fixent les mâles dans les petits fonds enherbés.
La taille reste modeste au regard du genre. La longueur commune tourne autour de seize centimètres, et un poisson de quarante centimètres est exceptionnel, pas la norme d’un beau sujet.
Deux usages secondaires méritent d’être signalés. L’espèce est retenue comme poisson de sport là où elle a été introduite, et elle sert couramment d’appât — ses jeunes servent à prendre autre chose qu’elle.
Conservation
Le froid qu’elle supporte est aussi ce qui la rend problématique. Un poisson qui tient à huit degrés passe des saisons froides auxquelles ses congénères tropicaux ne survivent pas, et une population lâchée sous un climat tempéré a nettement plus de chances de s’y maintenir que n’importe quel autre tilapia africain. C’est à ce titre qu’elle est identifiée comme nuisible potentiel, et que sa détention comme son transport sont encadrés dans plusieurs pays.
Le suivi de ses populations d’origine, en revanche, n’existe pas. Aucun bilan public ne dit ce qu’elle est devenue sur le Niger, la Bénoué ou le bas Nil, alors que son installation hors d’Afrique a déjà valu à un pays au moins de constater un dommage écologique. L’attention se porte sur ce poisson là où il dérange, pas là où il vient.
Réglementation
Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).
À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.
Autres noms
Le nom scientifique et le nom français se contredisent. Aureus dit l’or, tandis que le français, l’anglais et l’espagnol retiennent tous le bleu : tilapia bleu, blue tilapia, tilapia azul. Les deux ont leur raison — le mâle nuptial porte un bleu métallique éclatant sur la tête, mais ses bordures de nageoires vont du vermillon au rose vif, et une femelle en ponte les affiche franchement orangées.
Sources : fishbase.se · api.gbif.org