
Opah (moonfish)
Lampris guttatus · Lampridae
- Mer
- Grands pélagiques
- Difficile
- Taille
101 cm
- Poids
270 kg
- Profondeur
0–200 m
Où le pêcher
- Large
Icônes des milieux : Flaticon
L'opah (Lampris guttatus) est un poisson pélagique de grande profondeur au corps ovale très comprimé, recouvert d'une peau bleue-gris parsemée de taches blanches, aux nageoires rouge vif et au ventre rosé argenté. Unique représentant des Lampridae, il est l'un des rares poissons endothermes, capable de maintenir une température corporelle supérieure à celle de l'eau.
Calendrier
Signalée dans 4 pays
Signalements GBIF — espèces natives et introduites confondues.
Son aire de répartition
L’Atlantique nord, mer d’Irlande, mer du Nord et Méditerranée comprises.
Le dossier se contredit ici, et la contradiction est instructive. À côté de cette aire nord-atlantique, la même source donne une amplitude allant du soixante-quinzième parallèle nord au soixantième sud, sur toutes les longitudes : une aire mondiale et une aire régionale dans la même fiche.
Une révision taxinomique de 2018 les sépare. Ce travail a réexaminé l’espèce et en a tiré trois espèces nouvelles, ce qui signifie que l’aire mondiale enregistrée auparavant appartenait à plusieurs animaux, et que le nom ne s’applique plus qu’à la fraction nord-atlantique. Les chiffres planétaires sont un résidu de l’usage ancien, plus large. Un opah signalé d’un autre océan avant ce travail est très probablement l’un des poissons qui ont depuis quitté ce nom.
Le reconnaître
Deux paires de longues nageoires en faux. Les pectorales sont longues et falciformes ; les ventrales ont la même forme qu’elles et sont légèrement plus longues encore. Ce n’est pas un poisson à rames et à stabilisateurs, c’est un poisson à quatre lames de même dessin, et cette symétrie inhabituelle est le premier caractère à retenir.
Elle correspond à un mode de nage qui n’a rien de commun avec celui du reste de la pleine eau. L’animal avance en battant des pectorales. Un thon ou un marlin pousse avec la queue et se dirige avec les pectorales ; celui-ci rame, et la coque va avec — un corps haut, aplati, avec les nageoires motrices montées loin vers l’avant. La caudale, largement échancrée en croissant, sert la vitesse de pointe plutôt que le déplacement ordinaire.
La robe fait le reste de l’identification et elle est sans équivalent. Le dos est d’un bleu d’acier sombre qui vire au vert, traversé de reflets argentés et pourpres ; le ventre est rosé ; tout le corps est semé de taches argentées disposées en rangées irrégulières. Les nageoires et les mâchoires sont vermillon, le tour de l’œil est doré, la caudale et la dorsale portent un marbrage clair.
Aucune épine : quarante-huit à cinquante-cinq rayons mous à la dorsale, trente-trois à quarante et un à l’anale, quarante-trois vertèbres.
La reproduction
Le dossier tient en un adverbe : l’espèce pond probablement au printemps.
Probablement. Il n’y a ni fécondité, ni taille de première maturité, ni site de ponte, ni saison confirmée. C’est inhabituel pour un poisson de ce gabarit et de cette valeur marchande, et la raison tient en partie à ce qui suit : pendant l’essentiel du temps où ce nom a servi, il ne désignait pas un seul animal, si bien que rien de ce qui a été observé sous ce nom ne peut être attribué avec certitude.
L’eau qu’il lui faut
Océanique, épipélagique et mésopélagique, enregistré de la surface à deux cents mètres — et, précise le dossier, apparemment solitaire.
Ce dernier mot gouverne tout le reste. Un poisson de haute mer qui vit seul ne se trouve pas en repérant un rassemblement, puisqu’il n’y en a pas à repérer. Les rencontres se font une par une, sans que la première renseigne sur la suivante. La mention selon laquelle il apparaît de temps à autre dans les captures accessoires des palangriers thoniers en découle directement : c’est ainsi que la plupart sont vus, un à la fois, par des bateaux qui cherchaient autre chose.
Zones
- Pleine mer profonde au large
- Zones de remontée d'eau froide
- Canyons sous-marins
- Hauts-fonds pélagiques
Techniques
- Jigging profond
- Pêche au vif en profondeur
- Palangre pélagique
- Trolling profond
Appâts
- Jig profond lourd
- Calamar naturel
- Vif pélagique (maquereau)
- Leurre souple grande taille
Ce qu’il mange
Poissons de pleine eau et invertébrés, calmars avant tout.
Le régime confirme la couche où le situe déjà sa description : il chasse des proies qui ne vivent ni en surface ni sur le fond. Un grand poisson au corps haut dont l’ordinaire est le calmar résout un problème de chasse et non de broutage — une proie unique, prise délibérément, dans une eau qui n’offre de couvert ni à l’un ni à l’autre.
Comment le pêcher
On ne le cherche pas, on le rencontre. La pêcherie est mineure, l’espèce compte comme poisson de sport, et l’essentiel des captures arrive en prise accessoire de la pêche au thon — conséquence directe d’un animal solitaire vivant dans la couche intermédiaire.
Sa nage change ce qu’on peut attendre d’un poisson piqué. Une bête qui rame avec ses pectorales n’est pas construite pour le départ en ligne droite d’un poisson qui pousse avec sa queue, et le combat ne ressemble pas à celui des thonidés au milieu desquels il est remonté.
La chair est estimée : bon poisson de table, vendu frais et congelé, servi en sashimi. Une prise qui monte est donc gardée, ce qui est la suite ordinaire quand une espèce que personne ne cherche vaut quelque chose une fois à bord.
Conservation
Rien de documenté ne pèse directement sur ce poisson. Le problème est comptable, et il a un symptôme visible dans le dossier lui-même : la longueur maximale et le poids maximal publiés ne peuvent pas décrire le même animal. L’écart entre les deux ne se comble par aucune corpulence — ce sont des mesures prises sur des poissons différents et rangées ensemble.
C’est le même artefact que la double aire, vu sous un autre angle. Le nom a été redéfini en 2018 ; toute série de débarquements, toute campagne et toute mesure publiée avant cette date décrivent un ensemble d’espèces et non celle-ci. Il n’existe donc pas d’historique exploitable pour l’animal qu’on appelle aujourd’hui ainsi, et une évolution de la fraction nord-atlantique au cours des dernières décennies serait impossible à retrouver dans les chiffres : ils n’ont jamais été tenus séparément.
Le mode de vie solitaire ajoute une contrainte de même nature. Une espèce qui se présente un individu à la fois ne s’évalue pas en cherchant des concentrations, et elle n’entre dans les statistiques que par une pêcherie tournée vers autre chose. Son abondance apparente mesure donc l’effort de pêche au thon avant de mesurer quoi que ce soit d’elle.
Réglementation
Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).
À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.
Autres noms
Opah en français comme en anglais, avec moonfish et poisson-lune en concurrence — mots attachés à plusieurs poissons sans parenté, et qui ne tranchent rien seuls.
L’épithète guttatus signifie tacheté, pour les taches argentées en rangées irrégulières, et c’est la seule partie du nom qui n’ait jamais été discutée. L’espèce appartient aux Lampridae, dans l’ordre des Lampridiformes, un petit groupe sans ressemblance avec les thons et les istiophoridés aux côtés desquels on la remonte.
Le nom lui-même demande de la prudence, pour la raison exposée plus haut : un opah cité dans un article antérieur à 2018 n’est pas nécessairement cette espèce, et la détermination se rattrape par l’océan de capture plutôt que par le binôme.
Sources : fishbase.se · api.gbif.org