
Poisson-chat africain
Clarias gariepinus · Clariidae
- Eau douce
- Silures & poissons-chats
- Moyen
- Taille
90–170 cm
- Poids
4,9–60 kg
- Longévité
15 ans
- Temp. eau
8–35 °C
- Profondeur
0–80 m
Où le pêcher
- Canal
- Lac
- Rivière
Icônes des milieux : Flaticon
Le poisson-chat africain est un grand silure d'eau douce à corps cylindrique allongé, reconnaissable à sa tête large et aplatie, ses quatre paires de barbillons et sa capacité à respirer l'air grâce à un organe arborescent.
Calendrier
Signalée dans 21 pays
Afrique du Sud · Botswana · Chine · Inde · Indonésie · Israël · Kenya · Malaisie · Malawi · Mozambique · Namibie · Ouganda · Pays-Bas · R.A.S. chinoise de Hong Kong · République centrafricaine · Singapour · Tanzanie · Thaïlande · Viêt Nam · Zambie · Zimbabwe
Signalements GBIF — espèces natives et introduites confondues.
Son aire de répartition
L’aire d’origine couvre presque tout le continent africain, avec des vides nets : le Maghreb, la Haute-Guinée et l’essentiel de la Basse-Guinée, la province du Cap, probablement le Nogal. Elle déborde surtout de l’Afrique. La Jordanie, Israël, le Liban, la Syrie et le sud de la Turquie appartiennent à la répartition naturelle, ce qui reste rare chez un poisson d’eau douce africain.
Tout le reste de la carte est le fait de l’homme. L’espèce a été portée par l’aquaculture bien au-delà de son berceau, ailleurs en Afrique, en Europe et en Asie, pour trois raisons qui tiennent en une phrase : elle grossit vite, elle supporte tout, elle se vend. Plusieurs pays signalent depuis un impact écologique défavorable.
Ce qu’a produit cette dissémination se déduit de l’animal lui-même. Un prédateur de ce gabarit, qui respire l’air, tient dans une eau à huit degrés comme à trente-cinq et sort de son bassin la nuit pour en trouver un autre, n’est retenu par aucune digue d’élevage. Une évasion suffit là où d’autres espèces demandent un lâcher répété, et le poisson figure pour cette raison parmi les nuisibles potentiels.
Le reconnaître
Le caractère qui sépare ce silure de tous ses congénères africains ne se voit pas de l’extérieur : il faut soulever l’opercule et compter les branchiospines. Elles sont longues, minces, serrées les unes contre les autres, et surtout nombreuses — de vingt-quatre à cent dix, un compte qui monte à mesure que le poisson grandit. Aucun autre Clarias n’approche ces valeurs.
Le reste se lit à vue. La tête représente trente à trente-sept pour cent de la longueur standard, dessine vue de dessus un rectangle qui s’arrondit vers l’avant, et porte de petits yeux placés haut sur les côtés. Chaque paire de barbillons a sa proportion propre : les maxillaires dépassent presque toujours la longueur de la tête et atteignent un point situé entre l’origine de la dorsale et l’insertion des ventrales ; les mandibulaires externes l’emportent sur les internes ; les nasaux valent du cinquième à la moitié de la tête chez un sujet de plus de douze centimètres, et de la moitié aux quatre cinquièmes chez un plus petit. Un barbillon proportionnellement long trahit donc un jeune.
Deux bandes noires courent sous la tête, de part et d’autre. Le corps est six à huit fois plus long que haut, de section ovale. La dorsale ne porte aucune épine mais soixante et un à quatre-vingts rayons mous, et file presque jusqu’à la caudale ; l’anale en compte quarante-cinq à soixante-cinq et naît plus près de la queue que du museau. Un mince trait blanc marque la ligne latérale depuis l’arrière du crâne jusqu’au milieu de la base caudale.
Reste l’épine pectorale, qu’il vaut mieux repérer avant de poser la main : massive, dentelée sur sa seule face externe, et d’autant plus dentelée que l’animal est vieux.
La reproduction
La reproduction est suspendue à la crue. Aux pluies, les adultes quittent le lit du fleuve ou la rive du lac pour gagner latéralement les plaines inondées, y pondent, puis regagnent l’eau permanente sans attendre. Les jeunes, eux, restent sur la plaine noyée et ne rejoignent la rivière ou le lac qu’une fois atteints un centimètre et demi à deux centimètres et demi.
Ce calendrier repose sur un chiffre : l’incubation dure une trentaine d’heures à vingt-cinq degrés. Un embryon qui éclôt en un jour et demi peut se contenter d’un plan d’eau temporaire, là où une espèce à incubation longue verrait sa ponte s’assécher avant l’éclosion. Les œufs sont verdâtres et collants au support inondé.
Dans le Sudd soudanais, la ponte ne se concentre pas sur quelques jours mais s’étale sur toute la durée de la crue, ce qui répartit le risque entre plusieurs niveaux d’eau. La maturité sexuelle arrive vers quarante à quarante-cinq centimètres chez les femelles, trente-cinq à quarante chez les mâles.
L’eau qu’il lui faut
Les paramètres de l’eau ne pèsent presque rien dans le choix du poste. L’espèce vit entre huit et trente-cinq degrés, d’un pH de 6,5 à 8, dans une dureté de 5 à 28, de la surface à quatre-vingts mètres : peu de poissons d’eau douce affichent une amplitude pareille sur tous les axes à la fois.
Sa préférence va aux eaux calmes, peu profondes, à fond de vase molle — bordures végétalisées des fleuves et des lacs, mares isolées, marécages, canaux d’irrigation et jusqu’aux canaux d’effluents. On la rencontre aussi en rivière rapide et dans les rapides, ce qui montre que le calme est un choix et non une exigence.
L’organe respiratoire accessoire commande tout le reste. Le poisson gobe de l’air en surface, se maintient dans la vase quand l’étang se vide, et se déplace de nuit en prenant appui sur ses pectorales et leurs épines pour gagner une autre eau ou rejoindre une zone de ponte par un cheminement de quelques centimètres de profondeur. Il a été élevé jusque dans des rizières.
Deux types de coloration coexistent, et leur répartition suit la turbidité de l’eau et la nature du fond. Une dernière particularité complète le portrait : lors des affrontements entre congénères, l’animal émet des décharges électriques monophasiques, positives à la tête, d’une durée de cinq à deux cent soixante millisecondes.
Zones
- Berges envahies par la végétation
- Marécages et zones inondées
- Fosses profondes de fleuves
- Canaux d'irrigation
Techniques
- Pêche au fond avec appât carné
- Pêche au vif
- Mort manié
- Leurre souple de fond
Appâts
- Poisson mort
- Foie ou abat de volaille
- Ver de terre géant
- Poisson vif
Ce qu’il mange
Fouilleur de fond omnivore, il remonte à l’occasion se nourrir en surface, mais son régime réel est celui d’un prédateur : crustacés, insectes, poissons. Le menu nocturne s’élargit à tout ce qui passe — plancton, invertébrés, jeunes oiseaux, végétaux, charognes. Cette indifférence à la nature de la proie explique la vitesse de croissance et, dans les eaux où il a été introduit, la pression qu’il exerce d’un seul coup sur plusieurs niveaux du peuplement.
Comment le pêcher
Deux traits gouvernent la pêche. Le premier est qu’il tient là où rien d’autre ne tient. Mare stagnante, canal chargé, flaque résiduelle laissée par la décrue : des endroits qu’on ne prospecte pas parce qu’ils paraissent morts abritent un poisson que le manque d’oxygène ne concerne pas. Un plan d’eau sans vie apparente mérite donc une ligne posée avant d’être écarté.
Le second est le mode alimentaire. La chasse a lieu de nuit, sur le fond, et la chair en décomposition entre dans l’ordinaire de l’espèce. Cela oriente vers un appât odorant posé au fond bien plus que vers une prospection au leurre, et vers les heures sombres plutôt que le plein jour.
Le point critique reste la manipulation. L’épine pectorale est robuste et sa dentelure s’accentue avec l’âge, si bien qu’un gros sujet entaille la main qui l’empoigne à hauteur des nageoires paires. On saisit le poisson ailleurs, jamais derrière les pectorales. Sa capacité à respirer l’air prolonge par ailleurs la difficulté : posé sur la berge, il continue de se débattre longtemps après une prise, avec toute sa force.
Conservation
La question posée par ce silure n’est pas celle de sa survie mais celle de son expansion. Son élevage est un pilier de la production continentale africaine, où sa chair est recherchée et se vend fraîche ou congelée, et c’est ce succès aquacole qui l’a mené hors d’Afrique. Les bassins qu’on lui a construits partout sont exactement ce qui l’a répandu.
Les deux faces sont indissociables. Un poisson qu’on élève pour sa rusticité est un poisson que la rusticité fait sortir de l’élevage, et un pays qui gagne une production gagne aussi un prédateur que rien ne rappelle. Là où le bilan a été fait, l’effet sur les peuplements en place est jugé défavorable ; là où il ne l’a pas été, l’absence de constat ne vaut pas absence d’effet.
Réglementation
Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).
À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.
Autres noms
Le nom d’espèce vient du Gariep, nom donné au fleuve Orange, d’où provient le matériel décrit. Le français a retenu poisson-chat africain ; l’aquaculture anglophone parle de sharptooth catfish, l’allemand d’Afrikanischer Raubwels, littéralement le silure prédateur d’Afrique. Ces trois noms disent trois choses différentes de la même bête : son origine, sa denture, son régime.
Sources : fishbase.se · api.gbif.org