
Goujon
Gobio gobio · Cyprinidae
- Eau douce
- Carpes & blancs
- Facile
- Taille
12–20 cm
- Poids
0,0–0,1 kg
- Longévité
8 ans
- Temp. eau
2–18 °C
Où le pêcher
- Rivière
Icônes des milieux : Flaticon
Deux barbillons - Corps cylindrique tacheté - Poisson de fond grégaire
Calendrier
Son aire de répartition
L’aire européenne part du bassin de la Loire vers l’est, occupe les tributaires de l’Atlantique, de la mer du Nord et de la Baltique, l’est de la Grande-Bretagne, les bassins du Rhône et de la Volga, le haut Danube et les cours moyen et supérieur du Dniestr et du Dniepr. Elle monte jusqu’au soixante et unième parallèle en Finlande. Vers l’est, les limites restent floues, avec des signalements jusqu’en Corée.
Le flou n’est pas une lacune de prospection, il est taxinomique. Les populations de la péninsule Ibérique et du bassin de l’Adour relèvent d’une autre espèce, Gobio lozanoi ; celles du bassin caspien pourraient en constituer une troisième. Le genre est en cours de découpage, et l’aire attribuée à ce nom se réduit à mesure que le travail avance.
Les présences hors de cette aire — Irlande, pays de Galles, Écosse, nord et est de l’Italie — sont des introductions récentes à l’échelle du genre.
Le reconnaître
Un barbillon de chaque côté, à la commissure, et surtout long : rabattu vers l’arrière, il dépasse le bord antérieur de l’œil et atteint le plus souvent son milieu. Chez les autres goujons européens il reste plus court, et c’est la mesure qui départage le genre espèce par espèce.
Le museau est allongé — sa longueur excède la distance qui sépare l’œil du bord arrière de la tête —, la tête fait vingt-six à trente pour cent de la longueur standard, l’œil cinq à sept pour cent. Le corps est fusiforme, taillé pour tenir au fond dans un courant.
Un caractère se prend au doigt : la poitrine, entre les pectorales, est nue. Aucune écaille n’y adhère, et la peau y est lisse alors que le reste du corps ne l’est pas. Sur la ligne latérale, trente-neuf à quarante-deux écailles suivies de deux autres sur la base de la caudale ; douze à quatorze rangées font le tour du pédoncule, dix-neuf rayons composent la caudale, et la colonne compte trente-neuf à quarante et une vertèbres.
La détermination sérieuse repose ainsi sur des proportions et des comptages, jamais sur la robe. Les figures des ouvrages montrent des flancs tachetés, mais rien dans la description de l’espèce ne s’appuie dessus.
La reproduction
La ponte n’est pas déposée, elle est lâchée. La femelle émet ses œufs au-dessus du substrat, en eau peu profonde, sur des pierres, du sable ou des végétaux ; ils dérivent avec le courant, descendent lentement et finissent par adhérer là où ils touchent. Le lieu de la fraie et celui de l’incubation ne coïncident donc pas, et c’est la veine d’eau qui décide de l’écart.
Ce qui suit est du même ordre. Larves et juvéniles vivent posés sur le fond et recherchent les sables chargés de détritus, dans les secteurs à faible courant. Il faut donc que le tronçon offre, en aval de la frayère, des bordures calmes et sableuses ; un chenal rectifié où l’eau file d’une berge à l’autre reçoit des œufs et ne rend pas d’alevins.
Le rythme s’ajuste enfin à la richesse du milieu. Dans les ruisseaux pauvres, une femelle pond une fois par an, plusieurs années de suite ; dans les eaux productives, elle fractionne sa ponte à l’intérieur d’une même saison. La même espèce n’a donc pas la même stratégie d’un bassin à l’autre, et la comparaison de deux populations n’a de sens qu’à productivité comparable.
L’eau qu’il lui faut
Le sable commande. Ruisseaux de montagne, grandes rivières de plaine, vastes lacs, eaux courantes rapides comme eaux calmes : presque tous les milieux lui conviennent à la seule condition que le fond soit sableux, accessoirement graveleux.
Les autres exigences sont plus serrées qu’il n’y paraît pour un poisson réputé banal. L’eau se tient entre deux et dix-huit degrés, le pH entre sept et sept et demi, la dureté entre dix et vingt degrés allemands — une fenêtre étroite au regard de celle qu’acceptent les cyprinidés d’étang. C’est de là que vient sa réputation d’espèce témoin : il n’occupe pas n’importe quelle eau, et sa disparition d’un tronçon où il abondait est un signal avant d’être une anecdote.
Il vit en bandes, posé sur le fond. Son activité est normalement diurne, mais elle se déplace vers les faibles lumières quand les poissons sont dérangés, en particulier par des prédateurs. Un secteur soumis à une forte pression change donc d’horaire sans changer de population.
Dernier trait, rarement documenté chez un cyprinidé européen : il émet des sons, une sorte de couinement. Ces émissions varient avec le degré d’activité et avec la température, et elles sont indépendantes de la saison de reproduction — il ne s’agit donc pas d’une parade, mais d’un moyen de communication au sein du groupe.
Zones
- Fonds graveleux
- sableux
- courants modérés
Techniques
- Ligne au coup
- Feeder léger
Appâts
- Vers
- Asticots
- Petits appâts
Ce qu’il mange
Larves d’insectes, mollusques, crustacés : le goujon prélève ce que le sable héberge, et rien de ce qui passe en pleine eau. Cette dépendance à la faune interstitielle explique qu’un fond stable et propre lui importe davantage que la nature du courant au-dessus.
Comment le pêcher
La pêche se fait au fond, en fil fin, avec un hameçon minuscule et un appât menu. Le poisson vit en bande : une touche annonce le banc, et un poste qui en donne un en donne vingt, à condition de ne pas l’effrayer.
La pratique traditionnelle consiste à remuer le sable juste en amont de la ligne, au pied ou au râteau. Elle a une base réelle — l’espèce se nourrit de ce que le substrat retient, et les jeunes recherchent les sables riches en détritus — et le nuage remet en suspension ce que la bande cherche. Elle a aussi une contrepartie : le dérangement déplace l’activité vers les heures sombres, et un tronçon travaillé toute la matinée peut ne plus rien donner avant le soir.
Le goujon sert enfin couramment d’appât pour les carnassiers, et cet usage a une conséquence directe sur ce qui précède. Un poisson capturé dans un bassin et remis vivant dans un autre change de population, avec ce que cela suppose lorsque le genre compte des espèces voisines mal séparées.
Conservation
Deux mécanismes agissent sur ce poisson pourtant abondant, et aucun des deux ne relève de la pression de pêche.
Le premier tient au transport de vifs. Les introductions documentées en Irlande, en Écosse, au pays de Galles et en Italie correspondent au trajet d’un poisson qu’on déplace vivant par seaux, et le découpage taxinomique en cours donne à ces déplacements une portée qu’ils n’avaient pas quand on croyait tenir une seule espèce continentale. Un goujon de l’Adour n’est pas celui de la Loire.
Le second tient à sa fenêtre écologique. Une espèce qui exige du sable, une eau qui ne dépasse pas dix-huit degrés et une chimie resserrée réagit avant les cyprinidés tolérants. Un tronçon qui perd ses goujons a changé de quelque chose ; l’information vaut d’être notée même quand la cause n’est pas encore identifiée.
Réglementation
Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).
À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.
Autres noms
Goujon en français, du latin gobio, repris sans retouche pour le nom de genre. Gudgeon en anglais, Gründling en allemand — celui qui tient le fond —, gobione en italien. La répétition du nom de genre dans l’épithète signale une espèce type : c’est sur elle que le genre a été bâti, et c’est d’elle que les autres se détachent une à une.
Sources : fishbase.se · api.gbif.org