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EspècesNœuds
Requin bouledogue
Photo : Piscary

Requin bouledogue

Carcharhinus leucas · Carcharhinidae

  • Mer
  • Requins & raies
  • Moyen
  • Réglementé
  • Dangereux
  • Taille

    260–360 cm

  • Poids

    123–317 kg

  • Longévité

    32 ans

  • Profondeur

    1–164 m

Où le pêcher

  • Estuaire
  • Côte rocheuse

Icônes des milieux : Flaticon

Le requin bouledogue est un requin massif aux flancs larges, reconnaissable à son museau court et arrondi et à sa couleur gris-brun uniforme. Il est l'un des rares requins capables de remonter très loin dans les estuaires et même certains fleuves.

Calendrier

Signalée dans 16 pays

Afrique du Sud · Australie · Bahamas · Bangladesh · Brésil · Cameroun · Costa Rica · États-Unis · Fidji · Guyane française · Îles Féroé · Malaisie · Mexique · Mozambique · Porto Rico · Royaume-Uni

Signalements GBIF — espèces natives et introduites confondues.

Son aire de répartition

L’espèce occupe les mers chaudes du globe entre quarante-deux degrés nord et trente-neuf degrés sud, et cette limite est thermique avant d’être géographique : ce qui l’arrête vers les pôles, c’est la température, pas un continent.

Ce qui étend son aire, en revanche, ne figure sur aucune carte marine. Le requin bouledogue remonte les fleuves, et il y est signalé comme un poisson d’eau douce ordinaire : en Afrique de l’Ouest, de la Gambie à l’Ogooué, et dans la Cuanza en Angola. Des lacs entrent aussi dans son aire. Un continent qui paraît vide sur un fond de carte océanique peut être pénétré sur des centaines de kilomètres par ses cours d’eau.

Le reconnaître

Le dos ne porte aucune crête entre les deux dorsales. La ligne médiane reste nue depuis la pointe libre de la première nageoire jusqu’à l’origine de la seconde, et ce seul détail écarte déjà la moitié des requins gris de ce gabarit.

Le museau fait le reste. Il est court, large, franchement obtus : la tête vue de dessus dessine un triangle tronqué là où les espèces du large finissent en pointe. L’œil est petit pour un animal pareil. Les dents du haut sont triangulaires, larges à la base, à bords finement dentelés. FishBase tient ces caractères pour suffisants — l’absence de crête, la tête émoussée et cette denture en lames de scie ne se rencontrent pas ensemble ailleurs dans le genre.

La masse achève le portrait. Le corps reste fusiforme mais il est épais, les flancs hauts, la silhouette lourde là où le requin bordé ou le requin soyeux sont élancés. Les femelles sont plus longues que les mâles, et un individu courant fait deux mètres soixante.

Une précaution s’impose dans les eaux troubles où on le rencontre. Deux autres requins partagent ces estuaires et ces embouchures, Carcharhinus amboinensis et le requin du Gange, Glyphis gangeticus. Un grand squale remontant un fleuve n’est donc pas automatiquement celui-ci, et c’est la ligne du dos qu’il faut vérifier avant toute autre chose.

La reproduction

La femelle nourrit ses embryons par un placenta vitellin, comme un mammifère par le sien, et met bas des jeunes de soixante centimètres environ — la fourchette mesurée va de cinquante-six à quatre-vingt-un. La portée compte au plus treize petits, souvent moins, au terme d’une gestation de dix à onze mois.

Le calendrier suit la latitude. Au large de la Floride et dans le golfe du Mexique, comme au large de l’Afrique du Sud, les naissances tombent à la fin du printemps ou au début de l’été. Au large du Nicaragua, des femelles portent toute l’année, avec un pic printanier. Une population donnée a donc sa propre saison, et les dates publiées ailleurs ne s’y transposent pas.

Les cicatrices disent le reste de l’histoire. Les femelles en portent fréquemment, laissées par les morsures de cour ; les mâles, eux, présentent rarement des marques de combat entre eux. L’accouplement est violent pour un seul des deux partenaires, et rien n’indique que l’accès aux femelles se dispute.

La maturité arrive tard : dix à quinze ans, entre un mètre soixante et deux mètres. Rapportée à une longévité de trente-deux ans, c’est près de la moitié de l’existence passée avant la première portée.

L’eau qu’il lui faut

Il vit dans peu d’eau. La gamme de profondeurs enregistrée va de un à cent soixante-quatre mètres, mais l’ordinaire tient entre un et trente. Baies, estuaires, deltas, lagunes littorales, rivières et lacs : ce sont des fonds proches et souvent turbides.

Les deux extrêmes de salinité lui sont accessibles. Il entre en eau douce et il fréquente aussi les baies hypersalines, où la concentration dépasse celle de la mer. Un requin marin retient de l’urée dans son sang pour équilibrer la pression osmotique du milieu et ne pas se vider de son eau. En rivière, l’arrangement s’inverse : l’eau entre en permanence, et l’animal doit abaisser sa charge d’urée et évacuer un volume considérable d’urine diluée. Les deux régimes coûtent, et cette espèce les alterne, parfois dans la même journée.

Le déplacement suit. Un individu couvre jusqu’à cent quatre-vingts kilomètres en vingt-quatre heures et passe du doux au saumâtre sans logique apparente. Les adultes tiennent les abords des estuaires et des arrivées d’eau douce en mer ; les jeunes montent dans les fleuves et se trouvent à des centaines de kilomètres du rivage. Cette nurserie fluviale est hors d’atteinte de la plupart des prédateurs marins, ce qui vaut sans doute le coût physiologique du passage.

Zones

  • Estuaires et embouchures de fleuves
  • Hauts-fonds côtiers sableux
  • Ports et zones portuaires
  • Côtes tropicales peu profondes

Techniques

  • Pêche au vif en dérive
  • Mort manié fond
  • Trainée côtière
  • Pêche à l'ancre avec chum

Appâts

  • Poissons entiers vivants
  • Calamars
  • Sardines
  • Raies en morceaux
  • Abats de poisson

Ce qu’il mange

La liste est large au point d’être significative : poissons osseux, autres requins, raies, squilles, crabes, calmars, gastéropodes marins, oursins, charognes de mammifères, tortues de mer, et à l’occasion des déchets. Rien là-dedans n’exige la mer.

C’est ce qui rend le fleuve habitable. La physiologie autorise le passage, le régime le rend rentable : un prédateur aussi peu spécialisé trouve à manger dans une eau qui ne contient aucune de ses proies marines habituelles. Les oursins et les gastéropodes montrent d’ailleurs qu’il ne s’en tient pas à ce que ses dents tranchantes semblent dicter.

Comment le pêcher

La question de la sécurité précède ici celle de la technique. L’espèce est signalée comme potentiellement dangereuse, probablement le plus dangereux des requins tropicaux, et régulièrement mise en cause dans des attaques. Les cas en eau douce restent rares : le risque se concentre là où l’animal chasse, c’est-à-dire dans le petit fond côtier chargé où la visibilité est mauvaise pour tout le monde.

Un fait joue en faveur de la remise à l’eau. Ce requin est robuste et supporte la captivité mieux que la plupart des grands squales. Un poisson combattu court, maintenu dans l’eau et décroché sans être hissé a donc de réelles chances de repartir — ce qui n’est pas vrai de toutes les espèces de ce format.

Le rayon d’action commande la prospection. Cent quatre-vingts kilomètres par jour signifie qu’aucun poste ne détient son bouledogue. Un secteur qui donne ne le doit pas à un résident mais à un passage : les arrivées d’eau douce, les sorties de lagune et les fosses d’embouchure concentrent les proies, et l’animal les visite.

Réglementé — Capture souvent encadrée par quotas, tailles, saisons ou déclarations.

Dangereux — Manipulation à risque : matériel, remise à l'eau et sécurité doivent être adaptés.

Conservation · Vulnérable (UICN) — Cette espèce est menacée d'extinction. Relâche-la systématiquement (no-kill), manipule-la avec le plus grand soin et vérifie la réglementation locale — sa pêche peut être interdite.

Conservation

Le renouvellement est lent et il l’est à chaque étape. Dix à quinze ans avant la première reproduction, une gestation de près d’un an, treize jeunes au maximum, trente-deux ans de vie : le calcul ne laisse à une femelle qu’une dizaine de portées dans le meilleur des cas.

Le point faible est ailleurs, dans la géographie. Les jeunes grandissent dans les fleuves et les estuaires, soit exactement les eaux que l’on barre, drague, canalise et charge. Une population peut perdre son recrutement pendant que la mer de ses adultes reste intacte, et l’effondrement ne se voit alors qu’une décennie plus tard, quand les classes manquantes auraient dû arriver à maturité.

S’ajoute le fait que tout l’animal se vend. La chair part fraîche, congelée ou fumée, les ailerons vers la soupe, la peau vers la tannerie, le foie vers l’huile, la carcasse vers la farine. Une prise non recherchée reste rentable à débarquer, ce qui retire au hasard des captures son effet protecteur. Les exportations relèvent de l’annexe II de la CITES, qui les soumet à déclaration sans les plafonner.

Réglementation

Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).

À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.

Autres noms

Requin bouledogue en français, bull shark en anglais, Bullenhai en allemand, tiburón toro en espagnol : quatre langues, un seul animal de trait, désigné par la tête. Le portugais du Brésil est plus descriptif encore avec tubarão-cabeça-chata, la tête plate. L’italien, lui, garde le nom savant dans squalo leuca.

L’épithète leucas renvoie au blanc, c’est-à-dire au ventre — ce que l’espèce a de moins distinctif. Deux appellations régionales valent mieux : requin du Zambèze en Afrique australe, requin du lac Nicaragua en Amérique centrale. Les populations d’eau douce ainsi nommées ont longtemps passé pour des espèces à part entière, jusqu’à ce qu’on établisse qu’il s’agissait des mêmes animaux, venus de la mer par le fleuve.

Sources : fishbase.se · api.gbif.org

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