
Requin gris
Carcharhinus plumbeus · Carcharhinidae
- Mer
- Requins & raies
- Moyen
- Réglementé
- Dangereux
- Taille
200–300 cm
- Poids
56–118 kg
- Longévité
34 ans
- Temp. eau
23–27 °C
- Profondeur
0–500 m
Où le pêcher
- Estuaire
- Côte rocheuse
Icônes des milieux : Flaticon
Requin robuste à première dorsale très haute et pointue, dos gris-brun et ventre blanc, reconnaissable à sa nageoire dorsale disproportionnément grande par rapport au corps.
Calendrier
Signalée dans 8 pays
Australie · Brésil · États-Unis · France · Îles Féroé · Porto Rico · Royaume-Uni · Svalbard et Jan Mayen
Signalements GBIF — espèces natives et introduites confondues.
Son aire de répartition
L’aire s’étend de quarante-cinq degrés nord à quarante et un degrés sud, mais c’est une enveloppe thermique qui la dessine plus qu’une géographie : la préférence donnée à l’espèce se situe entre vingt-trois et vingt-sept degrés.
Cette exigence explique les mouvements. Des migrations saisonnières de grande ampleur sont connues dans plusieurs parties de son aire, et elles suivent le déplacement de cette bande d’eau tiède plutôt qu’une route fixe. Les populations sont par ailleurs séparées par classes d’âge, ce qui signifie qu’une zone donnée n’abrite pas un échantillon de l’espèce mais une tranche d’années.
Le reconnaître
La première dorsale est disproportionnée. Très haute, dressée, elle domine un corps par ailleurs banal, et c’est elle qu’on voit d’abord quand l’animal passe sous le bateau. Aucun autre requin gris de cette taille n’affiche un tel rapport entre la nageoire et le reste.
Une crête charnue court le long de la ligne médiane, entre les deux dorsales. Ce relief-là élimine d’un coup le requin bouledogue et le requin bordé, qui n’en ont pas, et il ne laisse en lice que les espèces du large.
Le museau tranche ensuite. Il est de longueur moyenne et arrondi au bout, ni tronqué comme celui du bouledogue ni effilé comme celui du bordé. La denture supérieure est haute, en triangles à tranchant scié. La robe ne donne rien : gris-brun ou bronze uniforme, ventre blanc, nageoires unies ou tout au plus légèrement enfumées à l’extrémité. Il n’y a aucune marque à retenir, et c’est en soi un renseignement.
Restent deux voisins à crête. Le requin soyeux se sépare par la position de sa dorsale, qui démarre en arrière de la pointe libre des pectorales, alors qu’elle est ici plantée bien en avant. Le requin obscur se sépare par la taille et par l’absence d’exception dans son profil : ce dernier dépasse les quatre mètres sans qu’aucune nageoire ne se remarque. Ici, la longueur courante est de deux mètres, et les plus grandes tailles rapportées pour l’espèce restent discutées.
La reproduction
Le caractère sexuel secondaire de cette espèce n’est ni une couleur ni une nageoire : c’est l’épaisseur de la peau. Chez les femelles en cours de maturation et chez les adultes, la couche cutanée est nettement plus épaisse que chez les mâles. L’explication avancée tient en deux points : elle encaisse les morsures que le mâle inflige avant l’accouplement, et elle résiste au frottement des fonds rocheux et coralliens que l’espèce fréquente.
Le reste suit le schéma du genre. Un à quatorze jeunes par portée, cinquante-six à soixante-quinze centimètres à la naissance, douze mois de gestation, un appariement avec enlacement. Au nord-est de Taïwan, les mises bas s’étalent de février à avril.
La maturité intervient entre un mètre vingt-six et un mètre quatre-vingt-trois, autour d’un mètre soixante-six en moyenne — soit à peu près la taille d’un animal ordinaire de l’espèce. Autrement dit, une bonne part des poissons rencontrés n’ont pas encore commencé à se reproduire.
L’eau qu’il lui faut
Ce requin se définit surtout par ce qu’il fuit, et la liste est inhabituellement précise. Il évite les plages de sable et la zone de déferlement, les récifs coralliens et les fonds accidentés, ainsi que les eaux de surface. Quatre exclusions qui retirent d’emblée la moitié du littoral.
Ce qu’il occupe est le complément : baies, embouchures et ports, fonds réguliers, plateaux continentaux et insulaires et les eaux profondes qui les bordent. La profondeur enregistrée descend à cinq cents mètres, mais l’usage courant se situe entre vingt et soixante-cinq, avec un rattachement au fond entre un et deux cent quatre-vingts mètres. Il lui arrive de passer en eaux océaniques.
Zones
- Baies côtières peu profondes
- Fonds sableux et vaseux
- Estuaires
- Tombants côtiers
Techniques
- Pêche au vif en dérive
- Mort manié fond
- Trainée côtière
- Pêche à l'ancre avec chum
Appâts
- Poissons entiers
- Calamars
- Sardines
- Maquereaux
- Morceaux de thon
Ce qu’il mange
Le menu adulte est dominé par les poissons osseux, complété de petits requins, de céphalopodes, de crevettes, de raies et de gastéropodes. Celui des jeunes est autre : ils consomment massivement des crustacés, crabes bleus et squilles en tête.
Ce basculement au fil de la croissance a une traduction directe. Sur une zone tenue par des juvéniles, un appât crustacé correspond à ce que les poissons mangent réellement ; sur une zone d’adultes, il ne correspond plus à rien. La ségrégation des classes d’âge et le changement de régime se combinent, et l’un renseigne sur l’autre.
Comment le pêcher
FishBase le décrit en deux mots qui valent programme : poisson côtier, bon combattant sur matériel léger. C’est aussi le seul de ces requins gris à être classé sans danger pour l’homme, ce qui change la nature de la rencontre — le décrochage reste affaire de prudence, il n’est pas affaire de sécurité.
Ses aversions dictent la prospection. Comme il boude le déferlement et le corail, la pêche depuis une plage ou au-dessus d’un platier ne le concerne pas. Les chenaux de port, les fosses de baie et les embouchures sur fond de vase ou de sable régulier sont ses postes, et l’appât se travaille près du fond plutôt qu’en surface, qu’il évite également.
La ségrégation par âge donne enfin une règle simple de lecture. Sur un secteur donné, les poissons sortent au même gabarit ; deux prises très différentes sur un même poste sont l’exception, et changer de taille suppose de changer d’endroit ou de saison.
Réglementé — Capture souvent encadrée par quotas, tailles, saisons ou déclarations.
Dangereux — Manipulation à risque : matériel, remise à l'eau et sécurité doivent être adaptés.
Conservation · En danger (UICN) — Cette espèce est menacée d'extinction. Relâche-la systématiquement (no-kill), manipule-la avec le plus grand soin et vérifie la réglementation locale — sa pêche peut être interdite.
Conservation
Tout est lent chez cette espèce. La maturité s’atteint entre un mètre vingt-six et un mètre quatre-vingt-trois, la gestation occupe une année pleine, et la portée dépasse rarement la dizaine. Les longévités relevées ne s’accordent pas : trente-quatre ans au maximum publié, mais vingt et un ans pour les femelles et quinze pour les mâles dans les populations suivies. Quelle que soit la valeur retenue, le nombre de portées d’une femelle se compte sur les doigts.
L’exploitation, elle, ne laisse rien. La chair se vend fraîche, fumée, salée-séchée ou congelée, la peau part au cuir, le foie à l’huile, les ailerons sont recherchés pour la soupe, et l’espèce entre dans la pharmacopée chinoise. Un animal dont chaque partie trouve preneur ne bénéficie d’aucune protection par le désintérêt.
La séparation des âges aggrave l’effet du prélèvement. Une pêcherie qui travaille un secteur ne prélève pas une fraction homogène de la population : elle enlève une classe d’âge entière, et le trou ainsi creusé remonte la pyramide des âges pendant les dix ou quinze années suivantes avant de se traduire en portées manquantes. Le commerce international est encadré par l’annexe II de la CITES, qui impose la déclaration des flux sans limiter les captures.
Réglementation
Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).
À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.
Autres noms
Requin gris en français, un nom qui désigne la couleur et donc pas grand-chose : plusieurs espèces du même genre y répondraient aussi bien, et l’usage commercial ne tranche pas davantage. L’italien squalo grigio reprend la même approximation.
L’anglais et l’allemand ont choisi le terrain plutôt que la teinte, avec sandbar shark et Sandbankhai, les bancs de sable. Le portugais du Brésil le range chez les baleeiros, appellation collective donnée à ce groupe de requins côtiers ; l’espagnol l’appelle tiburón trozo. L’épithète plumbeus signifie couleur de plomb, ce qui ramène au point de départ.
Sources : fishbase.se · api.gbif.org