
Requin soyeux
Carcharhinus falciformis · Carcharhinidae
- Mer
- Requins & raies
- Moyen
- Réglementé
- Dangereux
- Taille
250–350 cm
- Poids
115–346 kg
- Longévité
25 ans
- Profondeur
0–4 000 m
Où le pêcher
- Large
Icônes des milieux : Flaticon
Le requin soyeux est un requin pélagique au corps fuselé et à la peau d'aspect lisse, d'où son nom. Ses nageoires pectorales longues et effilées et sa couleur gris métallique sur le dos permettent de le distinguer en pleine eau.
Calendrier
Signalée dans 30 pays
Angola · Australie · Brésil · Colombie · Comores · Côte d’Ivoire · Égypte · Équateur · États-Unis · Finlande · France · Gabon · Guinée · Îles Féroé · Kenya · Madagascar · Maurice · Mayotte · Mexique · Mozambique · Norvège · Polynésie française · Porto Rico · Royaume-Uni · Seychelles · Somalie · Suède · Tanzanie · Terres australes françaises · Territoire britannique de l’océan Indien
Signalements GBIF — espèces natives et introduites confondues.
Son aire de répartition
L’aire est circumtropicale, de quarante-deux degrés nord à quarante-trois degrés sud, et l’espèce est reconnue comme hautement migratrice. Ce qui structure sa répartition n’est ni la côte ni le plein océan, mais la rupture de pente.
Il est abondant à la bordure des plateaux continentaux et insulaires, sur les récifs profonds et le long des talus des îles. Cette préférence pour le tombant explique la forme de sa présence dans l’Indo-Pacifique, faite de points dispersés plutôt que d’une bande continue : les signalements suivent les endroits où le fond décroche, et ces endroits sont eux-mêmes discontinus. La profondeur enregistrée descend à quatre mille mètres, mais l’usage courant reste dans les cinq cents premiers.
Le reconnaître
Un seul caractère le sépare de tout son genre, et il tient à une question d’alignement. Chez lui, l’origine de la première dorsale se situe en arrière de la pointe libre des pectorales. Aucun autre Carcharhinus pourvu d’une crête entre les dorsales n’est dans ce cas : partout ailleurs, la nageoire démarre plus avant. Un coup d’œil au niveau où le bord antérieur de la dorsale rencontre le dos, comparé au bout de la pectorale repliée, suffit à conclure.
La seconde dorsale confirme. Elle est basse, et sa pointe libre arrière s’étire démesurément vers la caudale, filet mince que la silhouette trahit dès qu’on regarde le profil de côté.
Le reste compose une tête d’animal de pleine eau : museau de longueur moyenne, aplati et arrondi au bout, grands yeux, mâchoires petites pour la taille du corps. Les dents portent des cuspides obliques et dentelées — inclinées, là où le bouledogue les a franchement triangulaires et le requin bordé étroites et dressées. Le dos est gris ou gris bleuté, sans aucune marque de nageoire.
L’ensemble donne un requin long et mince, très différent des espèces trapues du littoral. Un individu courant mesure deux mètres cinquante.
La reproduction
Les femelles se reproduiraient chaque année, et sans saison marquée : les naissances ne se concentrent sur aucune période. C’est un avantage démographique réel dans un groupe où l’alternance d’une année sur deux est la règle.
Les portées comptent deux à quinze petits selon une série de données, un à seize selon une autre, et les nouveau-nés mesurent entre cinquante-cinq et quatre-vingt-sept centimètres.
Cet avantage est annulé par la taille à laquelle il se paie. La première maturité s’observe entre un mètre quatre-vingts et deux mètres soixante, autour de deux mètres dix-neuf en moyenne, sur un animal dont la longévité relevée plafonne à vingt-cinq ans. Une femelle passe donc la première moitié de sa vie à atteindre le gabarit reproducteur, et l’ampleur de la fourchette signale que la productivité d’un stock dépend fortement de la région : deux populations n’entrent pas en reproduction au même âge.
L’eau qu’il lui faut
Il est littoral et épipélagique, en pleine eau ou près du fond entre dix-huit et cinq cents mètres, parfois plus près du bord, souvent au large. Rapide et agressif dans ses approches.
Il est décrit comme solitaire, ce qui n’empêche pas de le rencontrer en nombre : il s’associe aux bancs de thons. Ces rassemblements ne sont pas sociaux mais opportunistes — le requin occupe l’eau bleue et chaude où le thon se concentre, et il y arrive par le même chemin.
Zones
- Eaux pélagiques profondes
- Zones de convergence tropicales
- Haute mer au-delà du plateau
- Abords des îles océaniques
Techniques
- Traîne hauturière au vif
- Pêche en dérive avec chum
- Mort manié en pleine eau
- Pêche sous flotteur hauturier
Appâts
- Maquereaux
- Calamars
- Bonites
- Petits thons
- Sardines
Ce qu’il mange
Il se nourrit principalement de poissons, auxquels s’ajoutent des calmars, des argonautes et des crabes pélagiques. Cette liste situe l’animal aussi sûrement qu’une carte : argonautes et crabes pélagiques n’existent qu’en pleine eau, loin de tout fond.
Les mâchoires sont petites et les cuspides obliques, une combinaison qui découpe des proies de format moyen plutôt qu’elle n’arrache des morceaux à de grosses. Le régime confirme la denture : rien dans ce menu ne dépasse nettement la taille de sa gueule.
Comment le pêcher
On ne le recherche pratiquement jamais, et il figure pourtant parmi les requins les plus capturés de la planète. La raison est dans son association aux thons : les engins mouillés sur les bancs de thonidés le prennent avec eux, en quantité, partout où la pêcherie opère. C’est la prise accessoire de la pêche thonière par excellence.
Le terme induit d’ailleurs en erreur. L’espèce est classée hautement commerciale, donc les prises ne sont pas rejetées mais conservées et vendues. Accessoire qualifie l’intention, pas le devenir de l’animal.
Pour qui le rencontre à la ligne, deux points comptent. Il est vif et agressif, et il est tenu pour dangereux : sa venue sur un appât en eau bleue est franche et rapide, et sa présence autour d’un bateau en dérive ne relève pas de la curiosité tranquille. Il n’est par ailleurs pas nécessairement en surface — l’essentiel de son activité se déroule dans la tranche supérieure de cinq cents mètres, et un poisson tenu sous la coque a pu monter de loin.
Réglementé — Capture souvent encadrée par quotas, tailles, saisons ou déclarations.
Dangereux — Manipulation à risque : matériel, remise à l'eau et sécurité doivent être adaptés.
Conservation · Vulnérable (UICN) — Cette espèce est menacée d'extinction. Relâche-la systématiquement (no-kill), manipule-la avec le plus grand soin et vérifie la réglementation locale — sa pêche peut être interdite.
Conservation
La pression ne vient pas d’une pêcherie qui le vise mais de celles qui visent autre chose, ce qui la rend difficile à réduire : il faudrait modifier les engins et les zones de la pêche thonière mondiale pour la faire baisser. Et comme la chair se vend fraîche ou salée-séchée, la peau au cuir, les ailerons à la soupe et le foie à l’huile, aucune valeur ne pousse à le remettre à l’eau.
En face, la démographie est courte de marge. Deux mètres dix-neuf en moyenne pour une première portée, vingt-cinq ans de vie, une douzaine de jeunes à chaque cycle : la reproduction annuelle ne compense pas une décennie de croissance préalable, et une classe d’âge enlevée ne se remplace pas avant une génération.
Deux instruments internationaux s’appliquent, et aucun ne fixe de plafond. L’annexe II de la CITES soumet les exportations à déclaration. L’annexe II de la convention sur les espèces migratrices, elle, part du constat qu’un stock hautement migrateur traverse des dizaines de juridictions : elle demande aux États concernés de s’accorder, faute de quoi une mesure prise d’un côté d’un océan reste sans effet.
Réglementation
Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).
À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.
Autres noms
Requin soyeux en français, et le nom vient de la peau : les denticules cutanés y sont assez fins pour que le contact paraisse lisse. L’anglais silky shark, l’allemand Seidenhai et l’italien squalo seta disent exactement la même chose.
Le nom scientifique regarde ailleurs. Falciformis signifie en forme de faux, par allusion à la courbure des nageoires. Le portugais du Brésil retient encore autre chose avec tubarão-lombo-preto, le dos noir, et l’espagnol l’appelle tiburón jaquetón. Peau, nageoires, dos : trois lectures d’un même animal, selon ce que l’on avait sous les yeux en le nommant.
Sources : fishbase.se · api.gbif.org