
Saumon chinook (roi)
Oncorhynchus tshawytscha · Salmonidae
- Mer
- Salmonidés
- Moyen
- Taille
70–150 cm
- Poids
4,3–61 kg
- Longévité
9 ans
- Temp. eau
0–25 °C
- Profondeur
0–375 m
Où le pêcher
- Estuaire
Icônes des milieux : Flaticon
Son aire de répartition s'étend jusqu'à la rivière Coppermine, dans l'Arctique. Plusieurs pays signalent des impacts écologiques néfastes à la suite de son introduction.
Calendrier
Signalée dans 5 pays
Australie · Canada · Chili · États-Unis · Nouvelle-Zélande
Signalements GBIF — espèces natives et introduites confondues.
Son aire de répartition
Le séjour en eau douce des jeunes est ce qui rend cette espèce si difficile à résumer d’un bassin à l’autre. Certains alevins descendent après trois mois seulement, d’autres restent jusqu’à trois ans, la majorité passant une année en rivière. Une même rivière peut donc abriter simultanément plusieurs classes d’âge juvéniles et recevoir plusieurs vagues d’adultes échelonnées sur l’année.
La vie marine se partage de la même façon. Une partie des poissons ne quitte jamais la bande côtière ; une autre entreprend des parcours océaniques considérables, jusqu’à trois cent soixante-quinze mètres de profondeur. Des populations lacustres existent également.
L’aire naturelle est asymétrique. Elle couvre l’essentiel du Pacifique nord, atteint la Coppermine dans l’Arctique canadien, et redescend côté américain jusqu’aux rivières San Joaquin et Kings, en Californie. Côté asiatique, elle inclut Honshū, la mer du Japon, la mer de Béring et la mer d’Okhotsk.
Hors de cette aire, plusieurs pays font état d’effets écologiques défavorables après introduction, et l’espèce figure parmi celles qu’il faut surveiller là où elle a été implantée. Des populations reproductrices se sont installées dans l’hémisphère sud, où elles n’avaient aucun équivalent avant l’arrivée du poisson.
Le reconnaître
La gencive de la mâchoire inférieure est noire. Ce caractère demande d’ouvrir la bouche du poisson, mais il est constant, indépendant de la saison et de l’état sexuel, et il règle à lui seul les confusions avec le saumon coho, dont la ligne gingivale reste claire.
Le semis de taches est le second contrôle : de petits points noirs couvrent le dos, le haut des flancs et les deux lobes de la caudale. Un lobe inférieur immaculé désigne une autre espèce.
Le corps est fuselé et devient nettement comprimé chez les grands sujets, un peu plus haut que celui de ses congénères. Les branchiospines sont rugueuses et largement espacées — l’équipement d’un prédateur, non d’un filtreur. Dix à quatorze rayons mous à la dorsale, treize à dix-neuf à l’anale, soixante-sept à soixante-quinze vertèbres, le plus fort décompte du genre.
En mer, le dessus de la tête et le dos sont vert foncé à bleu-noir, le bas des flancs et le ventre argentés à blancs. En eau douce, l’approche de la reproduction fait virer l’ensemble au brun olive, au rouge ou au pourpre, de façon plus marquée chez le mâle.
Sur le format, l’écart avec le reste du genre est considérable : c’est de loin le plus lourd des saumons du Pacifique. La maturité n’intervient qu’à quatre-vingt-deux centimètres, et l’âge maximal rapporté atteint neuf ans.
La reproduction
Aucun poisson migrateur ne va aussi loin. Des remontées de quatre mille huit cent vingt-sept kilomètres à l’intérieur des terres ont été mesurées, ce qui suppose des réserves accumulées en mer suffisantes pour couvrir la distance, la maturation des gonades et la reproduction elle-même, sans reconstitution possible en route.
Le départ correspondant est tout aussi précoce : la migration quitte la mer dès décembre, et les premiers poissons se présentent aux embouchures au printemps.
Sur la frayère, la femelle choisit son emplacement, creuse et écarte ses concurrentes. Elle est accompagnée d’un grand mâle dominant et de plusieurs plus petits, occupés à repousser les autres. La parade du dominant est détaillée : il vient s’immobiliser à côté d’elle en frémissant, passe au-dessus d’elle, touche sa dorsale du corps et des nageoires, et lui pousse doucement le flanc du bout du museau. La cuvette achevée, elle s’y laisse tomber, il la rejoint aussitôt, les deux ouvrent la bouche et vibrent ; les petits mâles se précipitent alors dans le nid pour y émettre à leur tour. Le cycle recommence en amont, sur plusieurs jours, jusqu’à épuisement de la ponte.
Le mâle s’en va ensuite, éventuellement vers une autre femelle. Elle, en revanche, garde le nid aussi longtemps qu’elle en est capable — c’est la seule surveillance parentale du groupe, et elle s’arrête avec la vie de la gardienne, quelques jours après l’émission.
L’eau qu’il lui faut
La gamme fréquentée va de la surface à trois cent soixante-quinze mètres, entre zéro et vingt-cinq degrés, sur des fonds comme en pleine eau. C’est la plus large amplitude verticale du genre.
En rivière, les jeunes tiennent des cours d’eau à gravier et se nourrissent en surface autant qu’en dérive. Le passage estuarien n’a pas ici le caractère expéditif qu’il prend chez d’autres saumons du Pacifique : la variabilité du calendrier fait que des juvéniles de tailles très différentes utilisent l’estuaire au même moment.
Cette souplesse a une conséquence de gestion. Un bassin qui perd ses habitats de grossissement d’amont ne perd pas immédiatement l’espèce, puisque des poissons partis à trois mois peuvent encore boucler leur cycle ; il perd en revanche la partie de la population qui produisait les plus grands individus.
Zones
- Grandes fosses en rivière côtière
- Embouchures de fleuves
- Zones côtières en mer
- Aval de rapides lors de la remontée
Techniques
- Cuiller lourde en rivière
- Œufs artificiels sous flotteur
- Spoon trolling en mer
- Pêche à la mouche noyée
Appâts
- Œufs de saumon artificiel
- Cuillers lourdes
- Spoons chromés
- Grands streamers
Ce qu’il mange
En rivière, les jeunes vivent surtout d’insectes terrestres tombés à l’eau et de petits crustacés. En mer, le régime devient franchement piscivore, complété de crustacés et d’autres invertébrés.
Ce basculement vers le poisson, plus précoce et plus complet que chez les espèces à branchiospines fines, est la clé de la croissance exceptionnelle de l’espèce. La contrepartie tient à la place qu’elle occupe elle-même dans la chaîne : les jeunes sont pris par les poissons et par les oiseaux plongeurs, harles et martins-pêcheurs, les adultes par les grands mammifères et les grands oiseaux.
La chair est habituellement rouge, parfois blanche, sans que la différence corresponde à une distinction taxinomique — c’est la rouge qui se vend le mieux.
Comment le pêcher
Le poids change tout, à commencer par le matériel. Un poisson dont la taille courante avoisine soixante-dix centimètres impose des lignes, des hameçons et des freins d’un autre ordre que ceux qu’on emploie pour une truite, et un combat mené en courant sur un tel gabarit se juge à la place disponible en aval plus qu’à la puissance de la canne.
Le second point est le calendrier. Comme la sortie de mer commence en décembre et que les entrées s’étalent ensuite, une rivière reçoit des vagues successives plutôt qu’une remontée unique, et la connaissance des dates locales vaut mieux que n’importe quelle règle générale.
Le troisième relève de l’éthique de la fin de saison. La femelle est le seul salmonidé du genre à surveiller sa ponte : la prélever sur son nid laisse les œufs sans protection à un moment où elle est encore vivante et utile. Un mâle déjà coloré, lui, a fini son rôle.
Reste l’identification quand plusieurs espèces montent ensemble, ce qui est fréquent. La gencive noire et les taches sur les deux lobes de la queue se vérifient en quelques secondes, poisson en main, et évitent de se tromper d’espèce au moment de décider. Les règles de capture diffèrent d’un bassin à l’autre et se consultent auprès du gestionnaire du cours d’eau.
Conservation
La longueur des parcours de montaison fait de chaque population l’otage d’un fleuve entier. Un obstacle placé à mi-chemin ne retranche pas une portion d’aire : il annule tout ce qui se trouve au-dessus, soit parfois des milliers de kilomètres de frayères qu’aucune autre espèce n’atteignait.
Le second point est moins visible. La variété des stratégies juvéniles — trois mois pour les uns, trois ans pour les autres — est ce qui permet d’encaisser une mauvaise année en eau douce. Elle s’efface la première quand les habitats de rivière se simplifient, et sa perte ne se lit ni dans le comptage des remontées ni dans une évaluation menée à l’échelle de l’aire.
Là où le poisson a été implanté, la question s’inverse. Il s’agit de mesurer ce qu’un grand prédateur anadrome prélève dans des communautés qui n’en avaient jamais hébergé, et plusieurs pays ont documenté des effets défavorables à ce titre.
Réglementation
Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).
À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.
Autres noms
Saumon chinook en français, du nom d’un peuple du bas Columbia, et saumon royal ou saumon roi selon les usages — l’allemand dit Königslachs, l’italien salmone reale. L’anglais nord-américain ajoute king salmon et spring salmon, ce dernier renvoyant à l’arrivée précoce devant les embouchures. Toutes ces appellations désignent le même poisson, quel que soit le bassin d’où il remonte.
Sources : fishbase.se · api.gbif.org