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EspècesNœuds
Cernier commun
Photo : Piscary

Cernier commun

Polyprion americanus · Polyprionidae

  • Mer
  • Mer côtière
  • Moyen
  • Taille

    80–210 cm

  • Poids

    6,7–100 kg

  • Longévité

    80 ans

  • Profondeur

    40–600 m

Où le pêcher

  • Côte rocheuse

Icônes des milieux : Flaticon

Grand poisson robuste au corps massif et ovale, doté d'une forte crête osseuse sur l'opercule ; livrée gris-brun foncé avec le ventre plus clair.

Calendrier

Signalée dans 12 pays

Afrique du Sud · Argentine · Australie · Espagne · États-Unis · France · Irlande · Italie · Norvège · Nouvelle-Zélande · Portugal · Royaume-Uni

Signalements GBIF — espèces natives et introduites confondues.

Son aire de répartition

L’inventaire donne le vertige. Norvège, Afrique du Sud, Méditerranée, Canaries, Madère, Cap-Vert, Tristan da Cunha pour l’Atlantique est. Terre-Neuve, le golfe du Maine et la Caroline du Nord pour l’Atlantique ouest, avec des signalements de l’Uruguay et de l’Argentine. Saint-Paul et Amsterdam dans l’océan Indien. La Nouvelle-Zélande dans le Pacifique sud-ouest.

Une aire pareille ne se construit pas avec un adulte sédentaire posté sur une épave à deux cents mètres. Elle se construit avec des juvéniles accrochés à des objets flottants du large : ce qui dérive traverse un océan, et ce qui vit dessous le traverse avec lui.

Les deux faits figurent dans la même documentation, et le second est ce qui rend le premier possible. La phase de surface n’est pas une curiosité de jeunesse, c’est le moyen de transport de l’espèce.

Le reconnaître

Une crête osseuse rugueuse barre la partie haute de l’opercule. C’est le caractère à chercher en premier, et il se sent sous le doigt avant même qu’on l’ait regardé.

Le reste tient dans une silhouette : corps haut et comprimé, tête grosse, bouche grande. Gris bleuté sur le dessus, plus pâle dessous avec un reflet argenté, nageoires brun noirâtre.

Un juvénile n’a pas cette livrée. Il porte des taches noires sur la tête et sur le corps, qu’il perd ensuite — deux poissons d’apparence différente pour la même espèce, à deux moments de sa vie.

Dix à douze épines dorsales, onze à treize rayons mous, trois épines anales, huit à dix rayons.

La reproduction

Les sexes sont séparés dès l’origine. La documentation emploie un terme précis — gonochorisme primaire — et il vaut d’être relevé, parce qu’il écarte pour cette espèce tout le raisonnement que l’on tient chez les poissons à changement de sexe. La taille d’un cernier ne dit rien de son sexe, et un gros individu n’appartient pas à un sexe qui manquerait aux autres.

La ponte a lieu l’été.

La maturité est tardive. Elle est rapportée autour de soixante-dix-huit centimètres, la fourchette montant jusqu’à quatre-vingt-dix.

L’eau qu’il lui faut

Deux vies, deux milieux, et rien de commun entre eux.

L’adulte occupe les grottes et les épaves, généralement seul, dans une tranche qui se resserre autour de cent à deux cents mètres alors même que l’espèce est signalée bien plus haut et bien plus bas.

Le juvénile, lui, vit en surface et en pleine mer, rassemblé sous les objets flottants. Il n’a ni caverne, ni relief, ni fond : il a une ombre qui dérive.

Le passage de l’un à l’autre est une descente, et c’est probablement l’événement le plus important de la vie de ce poisson. Il change de dimension, de lumière, de pression et de compagnie en une seule étape.

Zones

  • Épaves profondes
  • Tombants rocheux
  • Fonds profonds atlantiques
  • Canyons sous-marins

Techniques

  • Jigging profond
  • Pêche au fond avec montage lourd
  • Pêche à la traîne profonde
  • Pêche à vif en profondeur

Appâts

  • Calmars entiers
  • Gros poissons entiers
  • Poulpes
  • Jigs lourds

Ce qu’il mange

Grands crustacés, céphalopodes et poissons de fond.

Aucune de ces trois proies n’est petite, et la bouche est à l’avenant. Un prédateur qui vit seul à deux cents mètres, dans un milieu où les rencontres sont rares, n’a pas intérêt à trier : il lui faut pouvoir avaler ce qui passe, quelle que soit la taille.

Comment le pêcher

Solitaire est le mot qui organise tout le reste. Une épave ne tient pas un banc, elle tient un poisson, parfois deux. La ressource n’est donc pas une population que l’on prospecte mais une collection de points, chacun occupé par un individu.

La tranche utile se resserre autour de cent à deux cents mètres, sur du relief franc : grottes, tombants, épaves. En dehors du relief, il n’y a rien à chercher.

Le calibre des proies dicte celui des présentations. Un poisson qui vit de gros céphalopodes et de crustacés de belle taille ne s’intéresse pas à des offres modestes, et un montage sous-dimensionné travaille contre lui-même.

Conservation

Quatre-vingts ans. Un cernier peut être plus vieux que le bateau qui le remonte, et cette seule donnée devrait suffire à changer le regard porté sur une prise.

Le rapprochement de deux chiffres pose le problème avec plus de netteté encore. La maturité commence autour de soixante-dix-huit centimètres et peut n’intervenir qu’à quatre-vingt-dix ; la taille couramment rencontrée est de quatre-vingts. Le cernier ordinaire est donc un poisson qui vient tout juste d’atteindre l’âge de se reproduire, ou qui ne l’a pas encore atteint.

À cela s’ajoute une vulnérabilité de position. Un animal solitaire, fidèle à une grotte ou à une épave, est un animal repérable : une fois le point connu, il ne se déplace pas pour échapper à la pression.

Reste l’état des connaissances, qui est peut-être le point le plus inquiétant. L’évaluation de référence remonte à 2003 et n’a pas été reprise depuis. Pour une espèce présente dans l’Atlantique, l’océan Indien et le Pacifique, exploitée commercialement et vivant assez longtemps pour que les effets d’un prélèvement mettent des décennies à se lire, plus de vingt ans sans réévaluation est un angle mort.

Réglementation

Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).

À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.

Autres noms

Cernier commun en français. Deux langues nomment le poisson d’après l’endroit où on le trouve : wreckfish en anglais, Wrackbarsch en allemand — la perche des épaves. L’italien préfère la profondeur, cernia di fondale, et l’espagnol comme le portugais retiennent cherna et cherne.

Le nom de genre mêle le grec polys, nombreux, et priôn, la scie : la tête du poisson, avec sa crête rugueuse, justifie assez le nom.

L’épithète americanus, en revanche, induit en erreur. L’espèce occupe les deux rives de l’Atlantique, l’océan Indien austral et le Pacifique sud-ouest ; l’Amérique n’en est qu’une portion.

Sources : fishbase.se · api.gbif.org

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