
Morue du Pacifique
Gadus macrocephalus · Gadidae
- Mer
- Poissons de fond
- Moyen
- Taille
60–119 cm
- Poids
2,4–23 kg
- Longévité
25 ans
- Temp. eau
6–9 °C
- Profondeur
10–1 280 m
Où le pêcher
- Côte rocheuse
Icônes des milieux : Flaticon
Gadidé de fond de l'océan Pacifique Nord, à grosse tête et barbillon mentonnier, prisé pour sa chair blanche.
Calendrier
Signalée dans 7 pays
Canada · Danemark · États-Unis · Groenland · Japon · Russie · Suède
Signalements GBIF — espèces natives et introduites confondues.
Son aire de répartition
Une morue du Pacifique qui n’est pas confinée au Pacifique. Elle occupe les mers des Tchouktches et de Beaufort, traverse l’Arctique canadien jusqu’à l’ouest du Groenland, et redescend dans l’Atlantique jusqu’au golfe du Saint-Laurent. Côté Pacifique, elle va de la Californie du Sud, à hauteur de Santa Monica, jusqu’à la mer Jaune.
Deux morues se rencontrent donc sur la même façade nord-américaine, ce qui rend les caractères d’identification décrits plus haut moins théoriques qu’il n’y paraît.
La contrainte qui dessine cette aire est étroite. L’espèce est boréale et se tient entre six et neuf degrés, quand sa parente atlantique en supporte quinze. Une fenêtre thermique de trois degrés laisse peu de marge : elle explique à la fois la limite sud, calée sur la Californie, et la sensibilité des stocks à une anomalie chaude qui durerait une saison.
Le reconnaître
Le barbillon grandit plus vite que la tête. Chez un jeune poisson il fait les trois quarts du diamètre de l’œil ; chez l’adulte il le dépasse. C’est le caractère à prendre en premier, parce qu’il se lit sans instrument et qu’il sépare cette morue de sa cousine atlantique aussi bien que n’importe quel comptage.
Le deuxième caractère se mesure entre les nageoires. L’espace qui sépare la deuxième dorsale de la troisième est plus court que le diamètre de l’œil, et cet écart se compare à vue. La ligne latérale, elle, s’arque nettement sous les deux premières dorsales puis file droit jusqu’à s’interrompre sous la troisième.
Le dessin achève l’affaire. Le dos est brun ou gris, les flancs marqués de taches sombres ou de vermiculations, et il existe des formes franchement jaunes. Les nageoires sont enfumées et bordées de blanc, liseré nettement plus large sur l’anale et la caudale que sur les dorsales. Cette bordure claire n’a pas d’équivalent chez la morue de l’Atlantique, et elle se voit d’un bout à l’autre du pont.
Pour le reste, les trois dorsales et les deux anales du genre portent trente-sept à cinquante-sept rayons mous en haut, trente et un à quarante-deux en bas, sans épines. Quarante-neuf à cinquante-cinq vertèbres.
La reproduction
Le mouvement va vers le bas pour frayer et vers le haut ensuite, ce qui est l’inverse de ce qu’on attend d’un poisson de plateau. De la fin de l’été au milieu de l’hiver, les adultes gagnent les zones de ponte entre cent et deux cent cinquante mètres. Une fois l’affaire faite, ils remontent vers la côte et s’installent entre trente et soixante mètres.
Une seule ponte par an, sans étalement. La maturité s’acquiert autour de soixante-six centimètres, avec un écart considérable selon les populations — de vingt-trois à quatre-vingt-cinq — et l’animal peut vivre vingt-cinq ans. Un fond qui donne des poissons de ponte en décembre ne donnera rien de tel en juin : c’est la saison qui décide de la profondeur à sonder, pas l’inverse.
L’eau qu’il lui faut
Plateau continental et haut du talus, de dix mètres à mille deux cent quatre-vingts, l’essentiel entre cent et quatre cents. C’est plus profond que ce qu’occupe la morue de l’Atlantique, et cela suffit à séparer les deux pêcheries là où les aires se recouvrent.
Le poisson est démersal, au sens strict : il tient le fond au lieu de se suspendre au-dessus. Il vit en bancs, ce qui a la conséquence habituelle — une touche isolée est rare, et un secteur productif l’est pour toute une dérive.
Zones
- Mer de Béring
- Golfe d'Alaska
- Côtes de Colombie-Britannique et de l'Oregon
- Mer du Japon et mer d'Okhotsk
- Plateau continental du Pacifique Nord
Techniques
- Pêche au jig (jigging)
- Pêche à la palangre
- Pêche au montage à plombée de fond
- Pêche en dérive sur épave ou tombant
Appâts
- Lanières de calmar ou de hareng
- Leurres métalliques (jigs)
- Vers marins
- Morceaux de poisson
- Leurres souples montés sur tête plombée
Ce qu’il mange
Opportuniste jusqu’à l’indifférence. Les auteurs la décrivent comme un prédateur qui prélève sans discernement l’organisme dominant du moment : ce qu’elle mange dépend du fond, pas de ses préférences.
Le détail du menu suit l’âge. Les jeunes prennent des copépodes et des organismes de taille comparable. Les adultes s’attaquent aux poissons, aux pieuvres, aux grands crustacés benthiques et bentho-pélagiques, et aux vers.
Comment le pêcher
Le régime dicte la conduite : puisque le poisson mange ce qui abonde là où il se trouve, l’appât se choisit sur le fond plutôt que dans une boîte. Ce qui remonte au premier trait — crevettes, poulpes, petits poissons — indique ce qu’il faut imiter.
Le reste tient à sa position dans la colonne d’eau. C’est un poisson de fond au sens plein, qu’on cherche au contact plutôt qu’entre deux eaux, entre cent et quatre cents mètres selon la saison, et le banc rend la prospection payante dès la première prise.
Une précaution ne relève pas de la technique mais de la cuisine. La chair héberge fréquemment un nématode, l’anisakidé communément appelé ver du phoque ; les branchies portent parfois un copépode parasite et l’intestin un cestode. Ce sont des parasites banals de l’espèce et non le signe d’un poisson avarié. La cuisson à cœur et la congélation prolongée règlent la question, le mirage des filets au moment du parage aussi.
Conservation
Aucune évaluation mondiale n’a été rendue sur cette espèce, ce qui n’est pas un certificat de bonne santé. Pour un poisson de ce poids commercial, le suivi se fait ailleurs et autrement : par pêcherie, par stock, chaque année, à travers les avis scientifiques qui fixent les possibilités de capture. L’absence de verdict global signale une méthode, pas une absence de sujet.
Le sujet, précisément, est thermique. Une fenêtre de six à neuf degrés est étroite pour un animal de plateau, et un plateau se réchauffe vite sur toute sa hauteur d’eau quand une anomalie s’installe. Un stock ne disparaît pas parce qu’il fait chaud une semaine ; il disparaît parce que le recrutement d’une ou deux années manque, et c’est une conséquence qui se lit trois ans plus tard.
Le reste des pressions est celui de toute pêcherie démersale industrielle : l’espèce est débarquée en grande quantité, vendue fraîche, congelée, séchée, salée ou fumée, et sa chair entre aussi dans la pharmacopée chinoise.
Réglementation
Espèce soumise à des quotas et à des saisons de pêche stricts dans le Pacifique Nord ; selon réglementation locale.
À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.
Autres noms
Morue du Pacifique en français, cabillaud du Pacifique dans le commerce — la même distinction qu’en Atlantique, appliquée au même mot. L’anglais dit Pacific cod, avec gray cod et true cod sur la côte ouest américaine. Le japonais l’appelle madara, littéralement la vraie tara, le nom générique des morues dans l’archipel.
Sur un étal européen, les deux espèces circulent souvent sous des appellations voisines une fois filetées et congelées. Le pays d’origine du lot en dit alors plus long que le nom commercial.
Sources : fishbase.se · api.gbif.org