
Cabillaud
Gadus morhua · Gadidae
- Mer
- Poissons de fond
- Moyen
- Taille
100–200 cm
- Poids
9,8–96 kg
- Longévité
25 ans
- Temp. eau
0–15 °C
- Profondeur
0–600 m
Où le pêcher
- Récif
- Côte rocheuse
Icônes des milieux : Flaticon
Poisson de fond robuste des eaux froides de l'Atlantique Nord, reconnaissable à ses trois nageoires dorsales, son barbillon mentonnier et sa ligne latérale claire bien marquée.
Calendrier
Signalée dans 30 pays
Allemagne · Australie · Bahamas · Belgique · Canada · Danemark · Espagne · Estonie · États-Unis · Finlande · France · Groenland · Île de Man · Îles Féroé · Irlande · Islande · Italie · Kiribati · Lettonie · Lituanie · Norvège · Pays-Bas · Pologne · Royaume-Uni · Russie · Saint-Pierre-et-Miquelon · Samoa américaines · Suède · Svalbard et Jan Mayen · Tokelau
Signalements GBIF — espèces natives et introduites confondues.
Son aire de répartition
De la baie d’Ungava au cap Hatteras sur la façade américaine, les deux côtes du Groenland, l’Islande, la mer de Barents jusqu’aux abords de l’île aux Ours, puis toute la côte européenne jusqu’au golfe de Gascogne, et la mer de Kara. L’aire monte au quatre-vingt-troisième parallèle et s’arrête vers le trente-septième.
Deux limites, une seule cause : la température. L’espèce vit entre zéro et quinze degrés, ce qui la pousse aussi haut que l’eau atlantique pénètre sous la banquise et l’arrête au sud là où la mer se réchauffe. Le cap Hatteras et le golfe de Gascogne sont deux bornes thermiques, pas deux accidents de géographie.
Le trait le plus important ne se voit pas sur la carte. Les déplacements de plus de deux cents kilomètres sont rares, et chaque population reste dans les limites de son stock. Cette bande continue est en réalité une mosaïque de populations qui ne se mélangent presque pas : un stock peut s’effondrer pendant que son voisin tient, et il ne se repeuple pas depuis lui.
L’espèce a par ailleurs été introduite en Méditerranée.
Le reconnaître
Trois dorsales et deux anales : la signature des gadidés se compte avant tout le reste. Elles portent ensemble quarante-quatre à cinquante-cinq rayons mous en haut, trente-trois à quarante-cinq en bas, sans la moindre épine.
Deux caractères identifient ensuite l’espèce. Le premier est le barbillon du menton, bien développé, qui exclut d’emblée les lieus. Le second est la ligne latérale, claire, presque blanche, qui décrit une courbe au-dessus des pectorales avant de filer vers la queue. Sur un poisson posé sur la glace, c’est elle qu’on cherche en premier.
Les proportions confirment. La distance qui sépare le museau de la première dorsale fait moins du tiers de la longueur totale, et la hauteur du corps en fait environ le cinquième. La mâchoire supérieure déborde l’inférieure. On compte cinquante et une à cinquante-cinq vertèbres.
La robe va du brun au verdâtre ou au gris sur le dos, pâlit sur les flancs et devient argentée sous le ventre ; le péritoine est argenté lui aussi. Cette variabilité de teinte n’aide pas à l’identification, et il vaut mieux compter les nageoires que juger la couleur.
La reproduction
La valeur d’une femelle pour son stock ne se lit pas dans le nombre de ses œufs, mais dans leur qualité. Une morue de cinq kilos en produit deux millions et demi, une de trente-quatre kilos jusqu’à neuf millions : rapporté au poids, la grosse en pond même un peu moins. Ce qu’elle apporte est ailleurs. Ses œufs sont plus gros et flottent entre deux eaux à des salinités plus faibles, ce qui décide de leur survie là où la couche salée est mince — en Baltique, précisément.
La fraie a lieu en hiver et au début du printemps, en bancs très denses, au large, contre le fond ou près de lui, entre cinquante et deux cents mètres, dans une eau de zéro à douze degrés dont l’optimum se situe entre zéro et six. Quand la température du fond ne convient pas, les poissons montent frayer en pleine eau plutôt que de renoncer.
L’espèce pond par lots, huit à vingt-deux selon les cas, mais le stock d’ovocytes est fixé avant le début de la saison : ce qui n’est pas pondu cette année-là n’est pas reporté. Les frayères changent d’un hiver à l’autre.
L’embryon se développe en une quinzaine de jours à six degrés. La larve reste ensuite en pleine eau près de trois mois avant de se poser sur le fond. En Baltique, la ponte culmine en mars sous vingt mètres, et les nourriceries occupent la frange côtière intérieure. Le recrutement au stock pêché commence avant deux ans et culmine vers trois.
L’eau qu’il lui faut
Du rivage au bord du plateau, jusqu’à six cents mètres, l’essentiel entre cent cinquante et deux cents. Les adultes tiennent les eaux profondes et froides.
Les juvéniles font l’inverse. Ils restent entre le rivage et dix à trente mètres, sur des fonds compliqués — herbiers, gravier, roche, blocs — parce que ces fonds offrent des trous où se cacher. De qui, la suite du texte le dit.
Le rythme quotidien est l’élément que la plupart des pêcheurs sous-estiment. De jour, les morues forment des bancs et nagent trente à quatre-vingts mètres au-dessus du fond. La nuit, le banc se disperse et les poissons descendent se nourrir. Un fond sondé à cent quatre-vingts mètres à midi peut donc porter ses morues à cent, et un appât traîné sur le sable les manque de cinquante mètres.
L’espèce tolère l’eau saumâtre, ce qui lui ouvre la Baltique et son stock particulier.
Zones
- Fonds sableux et vaseux
- Épaves et récifs rocheux
- Eaux profondes côtières
- Zones de fort courant tidal
Techniques
- Pêche au fond (ledgering)
- Pêche à la palangrotte
- Pêche à la turlutte lourde
- Pêche à la traîne profonde
Appâts
- Vers de mer (arénicoles)
- Calmars entiers
- Poissons morts coupés
- Crevettes grosses
- Crabes verts
Ce qu’il mange
Omnivore au sens large : invertébrés et poissons, avec deux fenêtres d’activité à l’aube et au crépuscule. Le barbillon du menton est un organe sensoriel, l’outil d’un poisson qui travaille le sédiment et qui trouve autant au toucher et au goût qu’à la vue.
Les jeunes morues figurent au menu des grandes. C’est la raison des fonds compliqués évoqués plus haut : les juvéniles ne se cachent pas d’un prédateur étranger, ils se cachent de leur propre espèce. Un secteur côtier caillouteux vaut donc, pour un stock, autant qu’une frayère.
Comment le pêcher
Deux fenêtres, deux profondeurs. L’aube et le crépuscule sont les moments où l’animal mange ; le milieu de journée le trouve suspendu haut au-dessus du fond, en banc, et peu disposé. Un sondeur qui montre des échos loin du fond ne montre pas des poissons de passage, il montre les morues à l’heure où elles ne descendent pas.
La mosaïque de stocks change la façon de considérer un secteur. Une pêcherie qui produit s’appuie sur une population locale et sédentaire, pas sur un flux qui traverse. Ce qu’on y prélève ne sera pas remplacé par des poissons venus d’ailleurs, parce que les poissons ne viennent pas d’ailleurs.
La décision au moment de la prise découle de la reproduction. Une grosse femelle porte des œufs plus lourds et mieux flottants que ceux d’une petite, et son remplacement démographique demande plusieurs années.
Reste la profondeur, qui limite ce qu’on peut décider. Un poisson remonté de cent cinquante ou deux cents mètres ne rééquilibre pas sa vessie natatoire pendant la montée, et le relâcher n’est pas un geste neutre. Sur ces fonds, le choix se fait avant de descendre la ligne, pas une fois le poisson à bord.
Conservation · Vulnérable (UICN) — Cette espèce est menacée d'extinction. Relâche-la systématiquement (no-kill), manipule-la avec le plus grand soin et vérifie la réglementation locale — sa pêche peut être interdite.
Conservation
L’effondrement des Grands Bancs est le précédent que toute pêcherie cite depuis. La morue du nord de Terre-Neuve avait nourri cinq siècles de flottes, européennes puis canadiennes ; à la fin des années 1980 les captures se sont effondrées, et Ottawa a fermé la pêche en juillet 1992. Des dizaines de milliers de personnes ont perdu leur emploi, dans des villages qui n’avaient jamais vécu d’autre chose.
Le stock n’est pas revenu. Trois décennies après l’arrêt, il reste très loin de ce qu’il était, et c’est ce fait-là qui compte : cesser de pêcher n’a pas suffi.
Trois traits décrits plus haut expliquent cette inertie. Les morues ne s’éloignent guère de leur stock, donc un secteur vidé ne se recolonise pas depuis le voisinage. Le recrutement culmine à trois ans, si bien que quelques mauvaises classes d’âge consécutives creusent un trou dont on ne sort pas en une saison. Et le prélèvement portait d’abord sur les plus grosses, c’est-à-dire sur les femelles dont les œufs tenaient le mieux.
L’écosystème, lui, s’est réorganisé sans elle. Les crustacés ont occupé la place laissée libre par un prédateur de fond devenu rare, et cette configuration se maintient d’elle-même. Un même plateau continental peut tenir dans deux états différents ; celui de Terre-Neuve n’est plus celui de 1980.
L’évaluation mondiale de l’espèce, elle, remonte au 1er août 1996. Elle a été rendue au moment où le sujet était brûlant, et rien ne l’a reprise depuis — un âge dont il faut tenir compte en la lisant.
Réglementation
Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).
À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.
Autres noms
Le français a deux mots pour un seul poisson, et la différence est une affaire de conservation, pas de biologie : cabillaud désigne l’animal frais, morue l’animal salé ou séché. « Morue verte » se dit du poisson salé mais non séché, stockfisch de celui qui a séché sans sel.
L’anglais dit cod, l’allemand Kabeljau pour le poisson de la mer du Nord et Dorsch pour celui de la Baltique, plus petit. Le norvégien réserve skrei aux migrateurs de la mer de Barents qui descendent frayer aux Lofoten en hiver : un nom qui ne désigne ni une espèce ni une taille, mais un poisson en voyage de noces.
Sources : fishbase.se · api.gbif.org