
Pagre commun
Pagrus pagrus · Sparidae
- Mer
- Mer côtière
- Moyen
- Taille
35–91 cm
- Poids
0,6–7,7 kg
- Longévité
26 ans
- Profondeur
0–250 m
Où le pêcher
- Estuaire
- Plage
- Côte rocheuse
Icônes des milieux : Flaticon
Le pagre commun est un sparidé robuste au corps ovale comprimé, de couleur rouge rosé argenté avec des reflets plus vifs sur les flancs. Sa bouche forte est armée de canines antérieures et de molaires arrondies adaptées au broyage de coquillages et de crustacés sur les fonds rocheux côtiers.
Calendrier
Signalée dans 23 pays
Argentine · Brésil · Cameroun · Congo-Brazzaville · Côte d’Ivoire · Espagne · États-Unis · France · Gabon · Ghana · Grèce · Guadeloupe · Guinée · Guinée équatoriale · Guinée-Bissau · Israël · Italie · Liberia · Nigeria · Porto Rico · Portugal · Sénégal · Sierra Leone
Signalements GBIF — espèces natives et introduites confondues.
Son aire de répartition
L’espèce occupe les deux rives de l’Atlantique. À l’est, du détroit de Gibraltar jusqu’à quinze degrés nord — rarement plus bas —, avec Madère et les Canaries, toute la Méditerranée, et une remontée jusqu’aux îles Britanniques. À l’ouest, de l’État de New York et du nord du golfe du Mexique jusqu’à l’Argentine, en incluant la façade continentale de la mer des Caraïbes.
Ce qui donne à cette aire sa forme est le plateau continental. Le pagre est un poisson de fond côtier, et sa répartition suit les plateaux plutôt que les eaux ; là où le plateau est étroit ou absent, l’espèce l’est aussi. Les deux moitiés de son aire, séparées par la fosse atlantique, ne communiquent pas par les déplacements des adultes.
Ses bornes nord et sud, le cinquante et unième parallèle nord et le quarante-troisième sud, sont très éloignées de son centre de gravité subtropical.
Le reconnaître
Les deux pointes de la caudale sont blanches. Le reste de la nageoire est rose soutenu, et ce contraste aux extrémités est le caractère le plus sûr dans une famille où tout le monde est argenté et rosé.
Le corps est ovale, modérément haut, rose à reflets d’argent, plus clair sous le ventre. Le profil de la tête est convexe et se redresse un peu en avant de l’œil. Une zone sombre couvre le dessus de la tête depuis la nuque jusqu’à la commissure des mâchoires, et une autre, plus discrète, marque le creux de l’aisselle des pectorales. De fins points bleus se remarquent parfois sur le haut des flancs ; ils sont nets chez les jeunes et s’effacent ensuite.
La bouche est l’outil de l’espèce et son deuxième caractère. À l’avant, de fortes dents en canines : quatre en haut, six en bas. Derrière elles, la denture s’émousse progressivement et devient franchement molariforme dans le tiers postérieur des mâchoires. Ces deux rangées extérieures de dents puissantes sont doublées, dans la partie antérieure, de plusieurs rangs de très petites dents.
Les comptages complètent la détermination : six ou sept rangées d’écailles sur les joues, un préopercule sans écailles, cinquante-deux à soixante écailles sur la ligne latérale, huit à dix branchiospines sur la branche inférieure du premier arc et six à huit sur la supérieure. La dorsale porte douze épines et neuf à douze rayons mous, l’anale trois épines et huit ou neuf rayons.
La reproduction
Le pagre commence sa vie comme femelle et finit mâle. C’est l’inverse exact de la daurade royale, qui partage ses fonds et ses appâts : chez l’une le petit poisson est un mâle, chez l’autre il est une femelle.
La première maturité arrive à trois ans, autour de vingt-quatre centimètres, et c’est en femelle que le poisson se reproduit d’abord. Le passage au sexe mâle vient ensuite.
La ponte, elle, obéit à un seuil thermique étroit : quinze à dix-neuf degrés. Quatre degrés d’amplitude, c’est peu, et cela suffit à expliquer que la date se déplace avec le lieu. Elle tend au printemps dans la plus grande partie de l’aire ; aux Canaries, où l’eau atteint ce niveau plus tôt, elle peut commencer dès janvier. La saison de reproduction du pagre ne se lit pas sur un calendrier mais sur un thermomètre.
L’eau qu’il lui faut
Il fréquente les fonds de roche, de cailloutis et de sable jusque vers deux cent cinquante mètres, mais l’essentiel de sa présence tient entre dix et quatre-vingts, et il dépasse rarement les cent cinquante. Un signalement du sud-ouest du Brésil le place à cent soixante.
Les jeunes vivent ailleurs. On les trouve régulièrement sur les herbiers et sur le plateau, dans un milieu que les adultes ne fréquentent pas au même titre, et cette séparation par âge vaut d’être connue avant de conclure quoi que ce soit d’un secteur qui ne donne que des petits.
Zones
- Fonds rocheux côtiers
- Herbiers de posidonie
- Estuaires et ports
- Tombants profonds
Techniques
- Pêche au fond
- Dropshot côtier
- Traîne légère
- Jigging vertical
Appâts
- Crevette fraîche
- Encornet
- Crabe vert
- Coquillage ouvert
- Sardine
Ce qu’il mange
Crustacés, poissons et mollusques : trois catégories, et la mâchoire porte l’outil de chacune.
Les canines antérieures saisissent et retiennent. C’est l’équipement d’un poisson qui prend d’autres poissons, et c’est précisément ce dont la daurade royale, dont les incisives coupent au lieu d’attraper, est dépourvue. Les molaires postérieures, elles, écrasent la coquille et la carapace.
Un prédateur qui dispose des deux n’a pas à choisir son terrain. Il exploite la ressource dure du fond rocheux et la ressource mobile de la pleine eau avec la même gueule, ce qui explique qu’il occupe indifféremment la roche, le cailloutis et le sable.
Comment le pêcher
La denture décide des appâts, et elle en autorise deux familles au lieu d’une. Le crustacé et le coquillage travaillent au contact du fond ; le lambeau de poisson et le petit vif travaillent aussi, ce qui n’est pas vrai de tous les sparidés des mêmes postes. Un pagre prend un appât qu’une daurade ne saurait pas saisir.
La tranche à prospecter est celle des dix à quatre-vingts mètres, sur roche, cailloutis ou sable. Les herbiers, eux, donnent des jeunes.
Une observation de terrain mérite d’être signalée. Les prises rapportées au large de la Grèce dépassent le poids maximal publié pour l’espèce, sur la côte ouest comme ailleurs. Les tables de records sont des documents bibliographiques : elles retiennent ce qui a été mesuré et publié, pas ce qui a été pris.
Deux points de manipulation, enfin. Des monogènes du genre Anoplodiscus parasitent la peau et les nageoires : ce qu’on prend pour une blessure sur un poisson frais est souvent cela. Et des cas de ciguatera ont été rapportés chez cette espèce, sans que sa toxicité soit établie — l’incertitude est celle de la documentation, et elle se règle localement, secteur par secteur.
Conservation
Le sexe de la prise dépend de sa taille, et cela change ce que coûte une décision au bord de l’eau. Chez le pagre, le poisson qui a changé de sexe est le grand ; sur les mêmes fonds, chez la daurade royale, c’est l’inverse. Relâcher systématiquement les plus gros individus des deux espèces revient donc à protéger deux sexes différents, et aucune règle simple ne couvre les deux cas.
La longévité amplifie tout. Vingt-six ans de vie contre une première reproduction à trois ans : un pagre passe plus de deux décennies en état de se reproduire, et la production d’une population repose sur des poissons qui sont restés capturables tout ce temps.
Or la tranche où il vit, dix à quatre-vingts mètres, est la plus travaillée des deux plateaux continentaux qu’il occupe, par la ligne, le filet et le chalut. Il n’a ni refuge profond ni refuge côtier.
L’espèce est par ailleurs produite en aquaculture commerciale des deux côtés de l’Atlantique, ce qui découple l’offre du marché de l’état du stock sauvage — un pagre reste disponible à l’étal quand bien même il se raréfie au large.
Réglementation
Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).
À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.
Autres noms
Pagre commun en français, où le mot voisine dangereusement avec pageot et avec denté, deux autres sparidés des mêmes fonds que l’étal confond volontiers.
L’anglais dit red porgy, et porgy est le nom générique américain des sparidés, emprunté à l’espagnol et au portugais pargo. Or pargo, dans les Amériques, désigne à peu près partout des lutjanidés — les vivaneaux, une autre famille. Le même mot pointe donc vers deux poissons différents selon la rive, et c’est la source de confusion la plus fréquente autour de cette espèce.
Le portugais du Brésil s’en tire par un adjectif révélateur : pargo-legítimo, le pargo authentique. Il n’y aurait pas besoin de le préciser si le nom n’était pas disputé. L’italien dit pagro, l’allemand Sackbrasse.
Sources : fishbase.se · api.gbif.org