
Barbotte brune
Ameiurus nebulosus · Ictaluridae
- Eau douce
- Silures & poissons-chats
- Moyen
- Taille
25–55 cm
- Poids
0,2–2,7 kg
- Longévité
9 ans
- Temp. eau
0–37 °C
- Profondeur
0–12 m
Où le pêcher
- Canal
- Lac
- Étang
- Rivière
Icônes des milieux : Flaticon
La barbotte brune est un petit poisson-chat trapu d'eau douce, répandu en Amérique du Nord et introduit en Europe et en Océanie, caractérisé par ses huit barbillons, son corps brun sombre sans écailles et ses épines pectorales.
Calendrier
Signalée dans 10 pays
Allemagne · Belgique · Canada · Danemark · États-Unis · Norvège · Nouvelle-Zélande · Pays-Bas · Pologne · Ukraine
Signalements GBIF — espèces natives et introduites confondues.
Son aire de répartition
L’aire naturelle est double et vaste. D’un côté les bassins de la façade atlantique et du golfe du Mexique, de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick jusqu’à la baie Mobile en Alabama ; de l’autre le Saint-Laurent et les Grands Lacs, la baie d’Hudson et le Mississippi, du Québec jusqu’au sud-est de la Saskatchewan et vers le sud jusqu’à la Louisiane.
L’espèce a été introduite dans plusieurs pays, et plusieurs d’entre eux ont constaté des dommages écologiques après son installation. Sa tolérance physiologique est la cause directe de ce succès : un poisson qu’aucun paramètre d’eau n’arrête s’acclimate partout où on le dépose, y compris dans des milieux dégradés que rien d’autre ne colonise.
Le reconnaître
Une seule épine à la dorsale, suivie de six ou sept rayons mous ; une épine à l’anale ; dix-huit ou dix-neuf rayons à la caudale. Corps trapu et nu, huit barbillons, peau lisse et glissante. Voilà pour la description, et elle ne suffira pas.
Le vrai problème de détermination est la proximité avec le poisson-chat commun. Les deux espèces sont assez semblables pour que la documentation de référence signale ne pas savoir laquelle des deux occupe certains pays où l’une comme l’autre ont été introduites. La séparation demande un poisson en main et une clé ; une photographie ne permet pas de conclure, et l’identification par défaut est ici la règle plutôt que l’exception.
La maturité est atteinte autour de vingt-six centimètres et demi, dans une fourchette de vingt à trente-trois — un adulte tient donc largement dans deux mains, et la taille courante ne s’en éloigne guère.
La reproduction
Le couple se place tête-bêche. Après une période où les deux poissons se caressent mutuellement avec leurs barbillons, ils s’installent au-dessus du nid, tournés en sens inverse l’un de l’autre, en maintenant le contact des corps, et pondent dans cette position. Le nid a été construit par l’un des deux ou par les deux, sans règle fixe.
Les soins qui suivent sont détaillés et actifs. Les parents ventilent la ponte avec les nageoires paires, déplacent et brassent les œufs avec les barbillons, et vont jusqu’à les prendre en bouche pour les rejeter ensuite — un manège qui conditionne l’éclosion, les œufs immobiles se colmatant.
Un même comportement peut mal tourner. Des cas de parents dévorant leur propre ponte ont été rapportés, et rien ne distingue, dans les descriptions, le geste de brassage du geste de prédation. Cette ambiguïté vaut d’être connue : ce n’est pas une garde passive, c’est une manipulation permanente qui bascule parfois.
L’eau qu’il lui faut
Ce poisson tient là où l’eau devient invivable, et c’est le fait central de sa biologie. La plage thermique enregistrée va de zéro à trente-sept degrés. Il supporte de fortes teneurs en gaz carbonique et de très faibles teneurs en oxygène, résiste aux pollutions domestiques et industrielles, et on l’a observé s’enfouir dans la vase pour attendre le passage de conditions défavorables. Les expériences placent sa limite létale supérieure à trente-sept degrés et demi, alors qu’il vit couramment jusqu’à trente et un et demi.
Aucun autre poisson de ces eaux ne réunit cette combinaison. Un étang qui s’échauffe, se désoxygène et se charge en matière organique perd ses cyprinidés, ses percidés et ses carnassiers avant de gêner celui-là.
Le milieu ordinaire est plus banal : fosses et courants faibles sur substrats meubles, dans les ruisseaux comme dans les grands cours d’eau, plus les retenues, les lacs et les étangs, dans les douze premiers mètres. Il n’entre qu’exceptionnellement en eau saumâtre.
La vase n’est donc pas seulement le fond où il cherche sa nourriture, c’est aussi son refuge. Cette capacité à disparaître dans le sédiment change la lecture d’un plan d’eau qui semble avoir perdu ses poissons après une canicule ou un assec partiel.
Zones
- Étangs et mares
- Canaux à fond vaseux
- Berges végétalisées
- Bras morts de rivières
Techniques
- Pêche au fond (bas de ligne lesté)
- Pêche au feeder
- Pêche au vif
- Pêche à la palangre
Appâts
- Ver de terre
- Foie de poulet
- Appât fromage fermenté
- Asticot
Ce qu’il mange
La liste des proies relevées est l’une des plus longues du catalogue : mollusques, insectes, sangsues, écrevisses, plancton, vers, algues, matière végétale et poissons. Les juvéniles de trois à six centimètres s’en tiennent aux larves de chironomes, aux cladocères, aux ostracodes, aux amphipodes, aux hémiptères et aux éphémères.
Un poste de cette liste pèse plus que les autres du point de vue écologique : les œufs. L’espèce consomme les pontes du cisco sardinelle, du hareng et du touladi, et c’est un mécanisme d’impact autrement plus direct que la concurrence alimentaire. Un poisson de fond nocturne qui broute les frayères de salmonidés et de corégones agit là où ces espèces n’ont aucune défense.
Comment le pêcher
L’alimentation est nocturne et se fait au fond. Les heures utiles commencent au crépuscule ; le montage travaille posé sur substrat meuble, en eau calme, avec un appât odorant.
Les milieux marginaux valent la peine d’être essayés, et c’est propre à cette espèce. Une mare tiède et trouble, un canal de rejet, un fond de retenue envasé — des eaux où l’on ne tenterait rien pour un autre poisson — abritent souvent des populations denses, parce que la barbotte y est seule.
Manipulation : peau nue et glissante, épines pectorales et dorsale qui se bloquent dressées et qui piquent douloureusement. La prise se fait par le dessus, doigts en arrière des pectorales, et le poisson se maintient fermement plutôt que délicatement — c’est en le laissant tourner dans la main qu’on se blesse.
Conservation
Ce n’est pas cette espèce qui est en danger, ce sont les frayères qu’elle exploite.
La consommation des pontes de corégones et de salmonidés, dans des lacs où ces poissons se reproduisent sur des fonds accessibles, retire un recrutement sans qu’aucun adulte ne soit touché. L’effet ne se voit donc pas sur les prises de l’année mais trois ou quatre ans plus tard, quand une classe d’âge manque. C’est le pire des calendriers pour établir une responsabilité, et une raison suffisante pour ne jamais transporter ce poisson d’un plan d’eau à un autre.
Sa résistance ajoute une difficulté de gestion. Les interventions qui viennent à bout d’autres espèces indésirables — assec, traitement, abaissement du niveau — reposent sur des conditions que celle-ci traverse en s’enfouissant. Le classement administratif dont elle relève, et les obligations qui en découlent, varient d’un pays à l’autre : c’est le gestionnaire de l’eau concernée qui les indique.
Réglementation
Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).
À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.
Autres noms
Barbotte brune au Canada francophone, où le mot « barbotte » couvre le genre entier. L’anglais dit brown bullhead, l’allemand Brauner Katzenwels, le néerlandais bruine Amerikaanse dwergmeerval. La chair se prépare traditionnellement fumée à chaud en Amérique du Nord, ce qui est le seul usage culinaire spécifiquement documenté pour l’espèce.
Sources : fishbase.se · api.gbif.org