
Dorade grise (griset)
Spondyliosoma cantharus · Sparidae
- Mer
- Mer côtière
- Moyen
- Taille
30–60 cm
- Poids
0,4–1,2 kg
- Profondeur
5–300 m
Où le pêcher
- Estuaire
- Côte rocheuse
Icônes des milieux : Flaticon
La dorade grise, ou griset, présente un corps ovale comprimé aux reflets argentés gris-bleutés, avec de fins traits longitudinaux jaune-orange sur les flancs. Sparidé pélagico-côtier, il se rassemble souvent en bancs dans les eaux moyennement profondes de l'Atlantique est et de la Méditerranée.
Calendrier
Son aire de répartition
De la Scandinavie au nord de la Namibie, avec Gibraltar, toute la Méditerranée, la mer Noire, Madère, les Canaries et le Cap-Vert. En degrés : de soixante-trois nord à vingt sud.
Quatre-vingt-trois degrés de latitude pour une espèce classée subtropicale. L’étiquette décrit le centre de l’aire, pas son étendue, et c’est une distinction qui a des conséquences pratiques. Le poisson pêché sur les côtes bretonnes et celui pêché au Maghreb appartiennent à la même espèce mais vivent à deux régimes thermiques différents, et l’essentiel de ce qui a été mesuré sur sa croissance et son sexe l’a été dans la moitié chaude.
La mer Noire ferme la chaîne. Elle se gagne après la Méditerranée, après deux détroits, dans une eau plus froide et moins salée que partout ailleurs dans l’aire.
Le reconnaître
Aucune tache sombre. La diagnose de référence prend la peine de le noter, et c’est un renseignement plus utile qu’il n’en a l’air : sur ce littoral, l’identification d’un sparidé se joue presque toujours sur la présence et la position d’une macule — opercule, attache de la pectorale, racine de la queue. Un poisson gris argenté qui n’en porte nulle part a déjà répondu à la question.
Ce qu’il porte à la place court dans l’autre sens. Les marques sont longitudinales et faibles : elles suivent la longueur du flanc au lieu de le barrer. Le texte qui accompagne cette fiche leur donne une couleur que la diagnose ne précise pas — de fins traits jaune-orange sur un fond gris bleuté.
Le museau égale ou dépasse le diamètre de l’œil. C’est la proportion à prendre sur un poisson en main, parce qu’elle survit à tout : la manipulation, la glace, et l’effacement des couleurs qui rattrape n’importe quel sparidé dans les heures qui suivent la mort.
Onze épines dorsales, puis onze à treize rayons mous.
La reproduction
Les œufs sont pondus sur un fond de sable. Cette ligne unique est ce qui sépare le griset de la plupart des poissons qu’on pêche au large.
En mer, la ponte pélagique est la règle : les œufs partent dans le courant, personne ne sait où ils dérivent, et rien de ce qui se décide sur un bateau ne les concerne. Ici la ponte est démersale. Elle a lieu sur une surface, cette surface est identifiable, et ce n’est pas celle où le poisson mange le reste de l’année. La roche et l’herbier portent ses proies ; le sable propre reçoit sa ponte. Pour cette espèce, un fond sableux n’est donc pas un désert qu’on traverse entre deux postes.
Ce que la source ne dit pas mérite d’être dit aussi, parce que le sujet appelle les récits : elle ne décrit ni nid creusé, ni garde, ni comportement du mâle après le dépôt. Ce qui est établi tient au substrat et au dépôt, rien de plus.
Le sexe s’ajoute à cela. L’espèce commence sa vie sexuée en femelle et finit mâle. L’inversion a été mesurée autour de vingt-quatre centimètres trois de longueur totale, sur une population d’Algérie. La première maturité est donnée vers dix-neuf centimètres sept.
Deux précautions vont avec ce chiffre. La première est de mesure : la taille courante de l’espèce, trente centimètres, est relevée sur une autre convention que la longueur totale, et les deux ne se comparent pas terme à terme — l’écart reste néanmoins trop large pour que l’ordre s’inverse, et le poisson ordinaire se situe au-delà de la bascule. La seconde est géographique, et elle pèse davantage : ce seuil vient d’un seul point de l’aire, à son extrémité chaude. L’espèce remonte jusqu’en Scandinavie. Un seuil de croissance mesuré sur une côte algérienne ne se transporte pas tel quel en Manche, et la donnée qui permettrait de le vérifier n’existe pas.
L’eau qu’il lui faut
L’espèce est classée océanodrome : elle se déplace en mer, elle n’est fidèle à rien. C’est la donnée qui commande la prospection, davantage que la nature du fond.
Elle occupe les herbiers, la roche et le sable, de cinq à trois cents mètres. Une amplitude pareille signifie qu’un même nom couvre deux pêches : celle du bord ou du petit bateau, dans la tranche superficielle, et celle des fonds où l’espèce n’est plus atteinte qu’à la palangrotte lestée. Trois cents mètres est un extrême, pas une habitude.
Elle est grégaire et forme parfois de grands bancs. Un banc qui se déplace ne se garde pas : il se trouve.
Zones
- Fonds rocheux côtiers
- Herbiers marins
- Zones sablonneuses proches de rochers
- Estuaires
Techniques
- Pêche au fond à l'esché
- Pêche au flotteur
- Pêche en surfcasting
- Pêche à la palangrotte
Appâts
- Vers de mer
- Crevettes
- Moules
- Crabes
- Oursins
Ce qu’il mange
Omnivore. Algues d’un côté, petits invertébrés de l’autre, les crustacés au premier rang de ceux-ci.
La diagnose consultée ne décrit pas sa denture, si bien que rien n’autorise à la ranger parmi les broyeurs de coquilles de la famille ni à l’en exclure. Ce qui est décrit, c’est le double registre alimentaire : elle broute et elle prélève. Ce registre explique pourquoi la même espèce se rencontre sur trois fonds différents sans qu’aucun soit vraiment le sien.
Sur un hameçon, l’ordre du texte se transpose directement. Le crustacé d’abord, parce que c’est l’item désigné comme préféré ; le végétal ensuite, parce qu’il vient en second dans la source et qu’il n’a pas de raison de passer devant.
Comment le pêcher
Chercher le banc, et pêcher au-dessus du fond. L’espèce est benthopélagique et grégaire : deux mots qui disent la même chose du point de vue de la ligne, à savoir que l’appât posé sur le sable n’est pas à la bonne hauteur. La dérive en pleine eau, sous un bateau au mouillage ou le long d’une bordure rocheuse, place la ligne dans le volume que le poisson occupe.
Un poste qui donne une prise en donne plusieurs, et il cesse d’en donner d’un coup. Le temps passé à insister après le passage du banc est du temps perdu ; la même heure passée à en chercher un autre ne l’est pas.
Reste le fait qui devrait modifier une décision plutôt qu’une technique. La ponte se fait sur le sable : elle a donc un lieu, restreint et repérable, et la saison y ramène les reproducteurs. Prélever là et à ce moment ne revient pas à prélever dans un banc de passage. Le banc se reforme ailleurs ; la surface de ponte, elle, ne se déplace pas, et les œufs qui y ont été déposés y restent quoi qu’il advienne des adultes.
Conservation
L’exposition tient au type d’œuf plus qu’au volume pêché.
Un œuf pélagique a une échappatoire : il dérive. Ce qui touche un point du fond ne le touche plus deux jours après, et la ponte se disperse sur des centaines de kilomètres carrés. Un œuf collé au sable n’a pas cette ressource. Il reste sur le grain où il a été déposé, pendant tout son développement, exposé à tout ce qui travaille ce grain — engin traînant, mouillage, remise en suspension du sédiment. La surface concernée est petite, et elle est la même d’une année sur l’autre.
L’organisation sexuelle ajoute un coût sur les mêmes individus. Tout mâle de la population est une ancienne femelle qui a franchi le seuil, donc un poisson de la tranche âgée, et ce sont ces poissons-là qui se tiennent sur le sable au printemps.
Rien de tout cela n’apparaît dans un chiffre de débarquement. L’espèce est une ressource alimentaire ancienne et une pêcherie commerciale sur la plus grande partie de son aire ; une bonne saison sur un fond de ponte et une mauvaise se ressemblent dans un registre, et ce qui les sépare est une génération d’œufs.
Réglementation
Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).
À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.
Autres noms
Dorade grise en français, ou griset. La seconde forme est la plus sûre à l’oral et sur un étal : « dorade » est devenu un mot de commerce qui recouvre plusieurs espèces sans rapport de prix ni de goût, alors que « griset » ne désigne que celle-ci.
L’anglais dit black seabream d’un poisson gris. Le nom est ancien et il ne décrit rien, ce que l’italien assume plus franchement avec tanuta, qui ne renvoie à aucun caractère.
L’espagnol dit chopa et le portugais du Brésil choupa : c’est le même mot, passé d’une rive à l’autre de l’Atlantique avec le poisson. Le détail vaut d’être retenu, parce que l’espagnol emploie aussi chopa dans le nom composé d’un sparidé américain qui n’a rien à voir avec celui-ci.
Cantharus est un nom de poisson de l’Antiquité repris tel quel dans le binôme, et non une description de l’animal.
Sources : fishbase.se · api.gbif.org