
Gardon
Rutilus rutilus · Cyprinidae
- Eau douce
- Carpes & blancs
- Facile
- Taille
25–50 cm
- Poids
0,2–1,8 kg
- Longévité
14 ans
- Temp. eau
10–20 °C
Où le pêcher
- Canal
- Étang
- Rivière
Icônes des milieux : Flaticon
Poisson blanc argenté avec yeux rouges et nageoires rougeâtres - Espèce fourrage importante
Calendrier
Signalée dans 38 pays
Allemagne · Australie · Autriche · Belgique · Biélorussie · Bosnie-Herzégovine · Bulgarie · Croatie · Danemark · Espagne · Estonie · Finlande · France · Grèce · Hongrie · Iran · Irlande · Italie · Kazakhstan · Lettonie · Lituanie · Luxembourg · Norvège · Ouzbékistan · Pays-Bas · Pologne · Portugal · Roumanie · Royaume-Uni · Russie · Serbie · Slovaquie · Slovénie · Suède · Suisse · Tchéquie · Turquie · Ukraine
Signalements GBIF — espèces natives et introduites confondues.
Son aire de répartition
Deux chaînes de montagnes tiennent la limite méridionale de l’aire d’origine, les Pyrénées et les Alpes. Au-delà, le gardon manque naturellement de la péninsule Ibérique, de l’Italie et du bassin adriatique. Au nord, la limite tombe vers le cinquante-sixième parallèle en Grande-Bretagne et le soixante-neuvième en Scandinavie.
Vers l’est, rien ne l’arrête. Le bassin caspien avec l’Oural et l’Eïa, celui de Marmara, celui de l’Aral, puis la Sibérie de l’Ob à la Léna, plus quelques bassins égéens. Une seule espèce, sans se scinder, depuis les fleuves atlantiques jusqu’à ceux qui se jettent dans l’Arctique oriental.
Le récent s’ajoute par-dessus. L’espèce a été introduite localement en Espagne, et dans le nord-est de l’Italie où elle s’est révélée envahissante ; au moins un pays a constaté des dégâts écologiques après son installation. Le mécanisme n’a rien d’agressif — ce poisson ne chasse personne. Il tient à ce qui fait par ailleurs sa banalité : un animal qui mange quatre choses, change de milieu selon la saison et fraie sur deux types de fond n’a guère de raison d’échouer quelque part. Les espèces difficiles à installer sont les spécialistes ; celle-ci ne l’est en rien.
Le reconnaître
L’œil décide, et il change avec l’âge. L’iris est jaune chez le juvénile, rouge profond chez l’adulte : un gardon de belle taille porte deux points rouges de part et d’autre de la tête, visibles à bout de bras. Les pectorales, les ventrales et l’anale virent dans la même gamme, de l’orange au rouge.
La bouche est terminale, le museau pointu. C’est ce qui le sépare du rotengle, dont la bouche est dirigée vers le haut et qui occupe les mêmes bordures. Le flanc, lui, ne porte aucune bande médiane sombre : argenté franc, sans rien qui le coupe dans la longueur.
Le corps est comprimé latéralement, sa hauteur comprise entre le quart et le tiers de la longueur standard. Quarante et une à quarante-quatre écailles couvrent la ligne latérale en comptant celles de la base caudale, la dorsale et l’anale portent chacune dix rayons branchus et demi, les vertèbres sont au nombre de trente-neuf à quarante et une.
Ce compte des rayons a un usage précis. Au nord des Pyrénées, dans le bassin atlantique, l’espèce est la seule de son genre et il n’y a rien à départager. Plus au sud et plus à l’est — Apennins, mers Noire et Caspienne, Balkans — elle côtoie des congénères, et ces dix rayons et demi à l’anale suffisent seuls à l’en séparer.
La reproduction
Deux frayères sans rapport conviennent à la même espèce, et c’est ce qui la rend difficile à mettre en défaut. La première est une eau morte : bras mort ou lac, végétation immergée dense, prairie noyée. La seconde est son contraire exact, un fond de gravier peu profond sous un courant rapide de rivière. Un cyprinidé s’engage d’ordinaire sur l’un des deux régimes ; celui-ci accepte les deux.
La ponte se fait en banc, au terme de déplacements courts — quelques centaines de mètres, quelques kilomètres, jamais une remontée de bassin. Les œufs sont d’un jaune pâle, collants, et se fixent aux plantes comme aux racines d’arbres immergées. Ce second support compte : il tient quand la végétation d’une prairie inondée se couche ou pourrit.
L’incubation dure une douzaine de jours. C’est long pour une ponte collée à quelques dizaines de centimètres sous la surface : deux semaines pendant lesquelles une baisse de niveau met les œufs à l’air, et pendant lesquelles tout ce qui broute la végétation les emporte au passage.
La maturité arrive tôt. Quatorze centimètres en moyenne, huit dans les populations les plus précoces, chez un poisson qui vit jusqu’à quatorze ans. La conséquence est arithmétique : dans un plan d’eau ordinaire, la quasi-totalité des sujets visibles sont des reproducteurs, et une classe d’âge manquée se rattrape en deux saisons.
L’eau qu’il lui faut
Ce qui limite le gardon dans une rivière rapide n’est pas le courant d’été, c’est l’hiver. Il n’occupe ces cours d’eau que sur les tronçons où un bras mort ou un abri permet de passer la saison froide ; là où le lit est rectifié sur des kilomètres, l’espèce manque dans une eau qui lui conviendrait de mai à septembre. La même règle vaut en lac, où elle descend hiverner dans les fosses.
Partout ailleurs, elle s’installe. Son optimum est le lac riche en éléments nutritifs et la rivière lente de plaine, moyenne à grande, avec ses annexes ; mais on la rencontre aussi bien dans un petit ruisseau que dans une lagune côtière saumâtre.
Les larves et les juvéniles occupent la bordure, sous toutes ses formes. C’est le seul stade où l’espèce soit prévisible : les jeunes sont au bord, en eau peu profonde, quel que soit le plan d’eau.
Zones
- Zones calmes
- canaux
- étangs
- rivières lentes
Techniques
- Ligne au coup
- Feeder léger
- Pâtes
Appâts
- Asticots
- Pain
- Graines
Ce qu’il mange
Quatre ressources, prélevées à quatre étages différents : invertébrés du fond, zooplancton, matière végétale, détritus. Aucune n’est dominante par principe, et c’est le point.
Le gardon change de nourriture et de secteur en cours de saison. Il passe de la bordure à la pleine eau, de la ressource benthique au zooplancton, pour deux motifs distincts : parce qu’un aliment devient abondant, ou pour s’écarter d’un prédateur et d’un concurrent. Sa position dans un plan d’eau est donc un compromis entre ce qu’il mange et ce qui le mange, et ce compromis se déplace.
C’est aussi ce qui fait de lui la biomasse fourragère de toutes les eaux qu’il occupe : il transforme du plancton, des algues et de la vase en poisson de vingt centimètres, dont vivent le brochet, la perche et le sandre.
Comment le pêcher
L’erreur la plus coûteuse consiste à pêcher la profondeur de la veille. Un banc qui donnait à trois mètres du bord contre les herbiers peut se tenir le lendemain à mi-hauteur au large sans que rien n’ait changé dans le ciel : il a suivi une éclosion de zooplancton, ou s’est écarté d’une perche. La prospection se mène en hauteur autant qu’en distance, par paliers, jusqu’à trouver l’étage du jour.
La touche est vive. Bouche terminale, poisson léger : il happe et repart, là où d’autres cyprinidés aspirent puis recrachent. Le montage se règle en conséquence — hameçon fin, esche menue, flotteur sensible — et l’amorçage se fait par petites quantités répétées, qui maintiennent le banc au-dessus du poste sans le rassasier.
L’hiver simplifie tout. Le poisson quitte les bordures pour les bras morts et les fosses, où il se concentre. Une eau qui paraissait déserte livre des dizaines de sujets sur trois mètres carrés, à condition d’avoir trouvé le trou.
Reste une vérification à faire là où la brème abonde. Les deux espèces produisent ensemble des hybrides fertiles, et l’anale est le caractère qui tranche : dix rayons branchus et demi ici, nettement plus chez la brème, et un compte intermédiaire chez le croisement. Comme ces hybrides se reproduisent à leur tour, ce n’est pas une forme unique qu’on rencontre mais une série continue entre les deux parents.
Conservation
Rien ne menace le gardon, et son abondance est justement ce qu’il faut savoir lire. Il est le plus nombreux dans les lacs riches en éléments nutritifs — autrement dit, il prospère exactement là où l’eau s’est enrichie. Un plan d’eau qui bascule vers une population dominée par cette espèce a changé d’état, et le poisson en est le symptôme plutôt que la cause.
Le second point est le transport. Ce poisson sert d’appât vivant et de proie de repeuplement, et ce sont ces deux usages qui l’ont installé en Espagne et dans le nord-est de l’Italie. Déplacer un seau d’une eau à une autre est le geste qui a produit ces populations ; le transport de poisson vivant est encadré à peu près partout, et les règles applicables se vérifient auprès de l’autorité compétente.
Reste le gros sujet. Un gardon de quarante centimètres passés est rare et vieux : la taille courante est de vingt-cinq centimètres, et le record d’âge de quatorze ans. Ces individus sont trop peu nombreux pour peser sur une population, et assez remarquables pour valoir mieux qu’une bourriche.
Réglementation
Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).
À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.
Autres noms
Gardon en français, mais le mot déborde l’espèce : dans l’usage courant, « les gardons » désignent le menu fretin argenté d’un plan d’eau, gardons véritables, rotengles et jeunes brèmes confondus. L’imprécision est ancienne et n’a jamais gêné personne, sauf au moment de compter.
L’allemand est plus juste. Rotauge, l’œil rouge, retient le caractère qui identifie réellement l’adulte. L’anglais dit roach, l’espagnol rutilo. Le nom scientifique répète deux fois le même mot — Rutilus rutilus, du latin pour le rouge doré — ce qui signale que l’espèce est celle sur laquelle le genre entier a été fondé.
Sources : fishbase.se · api.gbif.org