
Grand requin blanc
Carcharodon carcharias · Lamnidae
- Mer
- Requins & raies
- Difficile
- Protégé
- Réglementé
- Dangereux
- Taille
640 cm
- Poids
1 905 kg
- Longévité
36 ans
- Profondeur
0–1 280 m
Où le pêcher
- Large
Icônes des milieux : Flaticon
Le grand requin blanc est le plus grand poisson prédateur actuel, reconnaissable à son corps fusiforme massif, sa livrée blanche sur le ventre contrastant avec le gris ardoise du dos, et ses larges dents triangulaires dentelées. Il fréquente les eaux tempérées et subtropicales côtières et pélagiques du monde entier.
Calendrier
Signalée dans 8 pays
Afrique du Sud · Australie · Brésil · Canada · États-Unis · Mexique · Nouvelle-Zélande · Royaume-Uni
Signalements GBIF — espèces natives et introduites confondues.
Son aire de répartition
L’espèce occupe presque toutes les mers, du soixante et unième parallèle nord au cinquante-huitième sud, et sa tolérance thermique va de cinq à vingt-cinq degrés. Vingt degrés d’amplitude, c’est ce qui lui vaut l’une des plus vastes répartitions connues chez un poisson.
Le mécanisme est interne. Comme les autres lamnidés, elle conserve une partie de la chaleur produite par sa musculature au lieu de la perdre aux branchies, et travaille donc au-dessus de la température de l’eau. Cette réserve thermique lui ouvre le froid sans lui fermer le chaud : là où le requin-taupe commun est arrêté par les eaux tropicales, celle-ci les traverse, et là où les grands requins tropicaux s’arrêtent au seuil des eaux tempérées froides, elle continue.
Elle entre par ailleurs en eau saumâtre.
Le reconnaître
La limite entre le dos et le ventre est une frontière, pas un dégradé. Le dessus va du gris de plomb au brun ou au noir, s’éclaircit un peu sur les flancs, puis passe brutalement au blanc. Cette rupture nette est le premier caractère, et elle se voit à distance sur un animal en surface.
Une marque ponctuelle la complète : une tache noire à l’arrière de la base des pectorales, à l’aisselle de la nageoire. Elle est petite, constante, et elle ne demande qu’un coup d’œil sous le poisson.
Le museau est court, conique et obtus, planté sur une tête massive. L’œil est noir, rond, et frappe d’autant plus que rien d’autre ne marque cette tête. La caudale est en croissant. L’origine de la première dorsale se situe le plus souvent à l’aplomb du bord interne des pectorales.
Les dents sont larges, triangulaires, et dentelées en scie sur toute leur marge. Ce n’est ni la lame étroite et lisse des makos ni l’ouvre-boîte échancré du requin-tigre : c’est un couteau à pain, fait pour scier une masse plus grosse que la gueule qui la tient.
Sur les dimensions, la prudence s’impose plus qu’ailleurs. Les longueurs publiées ne s’accordent pas : l’essentiel des mesures anciennes est jugé douteux, le plus fameux des records a été établi comme faux, et la limite réelle de l’espèce reste ouverte. Aucun autre poisson n’a suscité autant de chiffres invérifiables.
La reproduction
Le nouveau-né mesure entre un mètre vingt et un mètre cinquante. C’est le fait décisif, et tout le reste de la reproduction n’existe que pour y aboutir.
Les embryons se développent sans placenta, et une fois leur réserve vitelline épuisée ils consomment les ovules que la mère continue de libérer. Cette dépense produit sept à quatorze jeunes par portée, parfois moins de dix — un nombre dérisoire au regard d’une ponte de poisson osseux, mais chacun sort à une taille que la plupart des requins adultes n’atteignent jamais. Il n’y a pas de stade vulnérable : l’animal commence son existence au-dessus de ce que presque tout peut avaler.
L’accouplement suppose un appariement avec enlacement, les deux partenaires nageant parfois côte à côte pendant la copulation.
La maturité, elle, arrive entre quatre mètres cinquante et cinq mètres. Rapportée à la taille limite de l’espèce, cela signifie qu’un individu doit en atteindre les trois quarts avant de se reproduire une première fois. La longévité relevée est de trente-six ans.
L’eau qu’il lui faut
Elle fréquente les plateaux continentaux et insulaires, du bord au large, et se rencontre aussi au voisinage d’îles océaniques très éloignées de toute terre. Elle vient volontiers jusqu’à la ligne de déferlement et pénètre dans les baies peu profondes.
La profondeur ordinaire va de la surface à deux cent cinquante mètres. Un chiffre bien plus élevé, mille deux cent quatre-vingts mètres, circule depuis un relevé de 1948 : il a été établi comme erroné en 2012. Soixante ans de citations n’ont pas rendu ce nombre exact, et il figure encore dans des fiches qui n’ont pas été mises à jour.
Sur le plan social, l’animal vit seul ou par paires. Il se rassemble parfois à dix ou davantage, mais uniquement autour d’une source de nourriture, et il ne forme jamais de bancs. Un attroupement de grands requins blancs est un événement alimentaire, pas un groupe.
Zones
- Eaux côtières tempérées à chaudes
- Abords des îles et archipels
- Zones pélagiques profondes
Techniques
- Observation uniquement (espèce protégée)
- Cage diving (observation)
- Pêche scientifique sous permis
Appâts
- Poissons entiers (appât scientifique)
- Sang et huile de poisson (attracteur)
- Leurres olfactifs (recherche)
Ce qu’il mange
Le menu est celui d’un prédateur de haut de chaîne sans spécialité : poissons osseux, requins, raies, phoques, dauphins et marsouins, oiseaux de mer, calmars, poulpes, crabes, baleines et charognes.
Cette liste décrit deux métiers plutôt qu’un seul, et ce sont les dents qui le disent. Une denture faite pour percer et retenir un poisson n’est pas celle qui découpe un mammifère : la lame triangulaire et dentelée de l’adulte est un outil de découpe, pas de préhension. Le dossier consulté ne donne ni la taille ni l’âge auxquels l’animal passe de l’un à l’autre — seulement que les deux régimes existent.
Les charognes de cétacés méritent une mention à part. Une carcasse flottante représente une quantité d’énergie qu’aucune chasse ne procure, et c’est autour de ce genre de ressource que se forment les rassemblements de dix animaux et plus.
Comment le pêcher
L’espèce est protégée dans une grande partie de son aire. Son commerce international est suivi au titre de l’annexe II de la CITES, et elle figure aux annexes I et II de la convention sur les espèces migratrices, l’annexe I étant celle des espèces migratrices menacées que les États de l’aire s’engagent à protéger. Sa capture ciblée est interdite ou strictement encadrée dans de nombreux pays, et ces dispositions se vérifient auprès de l’autorité compétente avant toute sortie.
La question qui reste est celle de la rencontre. L’animal est classé traumatogène, il est mis en cause dans des attaques, et la documentation précise que la plupart d’entre elles surviennent en estuaire. Ce sont des eaux basses, souvent chargées, où un prédateur qui identifie mal ce qu’il approche se trouve exactement là où se trouvent les hommes.
Un fait mérite d’être connu de qui cherche autre chose et le trouve : c’est un animal que l’on ne monte pas à bord. La chair est par ailleurs signalée comme pouvant provoquer des intoxications.
Protégé — Espèce sensible ou protégée selon les zones : vérifie la réglementation locale avant toute action.
Réglementé — Capture souvent encadrée par quotas, tailles, saisons ou déclarations.
Dangereux — Manipulation à risque : matériel, remise à l'eau et sécurité doivent être adaptés.
Conservation · Vulnérable (UICN) — Cette espèce est menacée d'extinction. Relâche-la systématiquement (no-kill), manipule-la avec le plus grand soin et vérifie la réglementation locale — sa pêche peut être interdite.
Conservation
Le calcul démographique est le plus défavorable qu’on puisse écrire. Une première reproduction aux trois quarts de la taille maximale, sept à quatorze jeunes par portée, trente-six ans de vie : une femelle consacre l’essentiel de son existence à atteindre l’état de reproductrice, et le nombre de descendants qu’elle produit ensuite se compte en dizaines, pas en milliers.
Ce qui pèse sur elle a une particularité. Chez la plupart des grands requins, la valeur est dans la chair et les ailerons, et la capture doit être rentabilisée par le poids. Ici, un seul organe suffit : la documentation signale des animaux pris par des pêcheurs sportifs et par des ligneurs pour leurs mâchoires. Un trophée qui vaut à lui seul le déplacement retire toute proportionnalité entre l’effort de pêche et le tonnage débarqué — les statistiques de pêche ne voient pas ce prélèvement-là.
S’ajoutent le reste des usages, chair, peau, huile de foie, farine, ailerons et dents, et une répartition qui la conduit régulièrement dans les eaux les plus fréquentées de la planète : ligne de déferlement, baies fermées, estuaires. Un animal de six mètres qui vient dans un mètre d’eau ne dispose d’aucun refuge que sa taille lui garantirait.
Réglementation
Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).
À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.
Autres noms
Grand requin blanc en français, et la même formule dans presque toutes les langues du catalogue : great white shark, Weißer Hai, squalo bianco, tiburón blanco, tubarão-branco. Le blanc ne désigne pourtant que le dessous. C’est la couleur que voit une proie située sous l’animal, et c’est celle que les pêcheurs ont retenue.
L’anglais d’Australie et de Nouvelle-Zélande dit aussi white pointer, en ajoutant le museau conique à la couleur.
Le nom scientifique se répète lui-même. Carcharodon associe deux racines grecques signifiant « dent déchiquetée », et l’épithète carcharias reprend la première des deux. Le binôme dit donc deux fois la même chose, et cette chose est la dentelure de la dent — le caractère par lequel on identifie l’espèce y compris sur une dent fossile isolée.
Sources : fishbase.se · api.gbif.org