
Requin taupe commun
Lamna nasus · Lamnidae
- Mer
- Requins & raies
- Moyen
- Protégé
- Réglementé
- Dangereux
- Taille
244–350 cm
- Poids
179–230 kg
- Longévité
65 ans
- Temp. eau
1–23 °C
- Profondeur
0–1 360 m
Où le pêcher
- Large
Icônes des milieux : Flaticon
Requin-taupe commun : poisson marin pélagique de l'Atlantique Nord.
Calendrier
Signalée dans 13 pays
Argentine · Australie · Brésil · Canada · Chili · États-Unis · France · Guernesey · Irlande · Norvège · Nouvelle-Zélande · Pays-Bas · Royaume-Uni
Signalements GBIF — espèces natives et introduites confondues.
Son aire de répartition
L’espèce est circumglobale et amphitempérée : deux ensembles, l’un dans l’Atlantique Nord, l’autre dans les eaux tempérées de l’hémisphère sud, et rien entre les deux. Les mers équatoriales sont vides. La Méditerranée, elle, en porte.
Ce trou tropical est le fait le plus instructif de sa répartition. Ce requin n’est pas arrêté par le froid — il fréquente des eaux à moins un degré — mais par la chaleur, vingt-trois degrés constituant son extrême supérieur. Les deux populations, nord et sud, ne communiquent donc pas : la ceinture chaude est une barrière aussi étanche qu’un continent.
Les déplacements à l’intérieur de chaque ensemble sont considérables. Un individu marqué au sud de l’Angleterre a été repris dans le nord de la Norvège après deux mille trois cent soixante-dix kilomètres, d’autres au Danemark et en Espagne ; des traversées de l’Atlantique ont été enregistrées. Le stock du nord-ouest hiverne au large de Terre-Neuve et remonte vers le Massachusetts en été.
Un dernier chiffre mérite attention. L’âge atteint est d’au moins vingt-six ans dans l’Atlantique Nord et probablement de soixante-cinq dans l’hémisphère sud. L’écart peut tenir à deux régimes de croissance distincts ; il peut aussi tenir au fait qu’un stock exploité depuis un siècle ne contient plus d’animaux âgés à examiner. Le nombre du nord est un minimum lu sur ce qui restait.
Le reconnaître
Le bout arrière de la première dorsale est blanc, nettement, brutalement, comme si la nageoire avait été trempée. C’est le caractère de terrain, pour deux raisons pratiques : il tient sur un animal mort, quand les couleurs ont tourné, et il se voit à distance le long du bord.
Les dents donnent la confirmation. Elles sont étroites, lisses sur leurs bords, et chacune porte à sa base une petite pointe de part et d’autre de la lame principale. Ces denticules latéraux séparent l’espèce du mako, dont les dents sont des aiguilles nues.
Le corps est massif, en fuseau, avec un museau conique aigu, de grands yeux entièrement noirs et de longues fentes branchiales. Le pédoncule caudal porte de fortes carènes, et la base de la caudale elle-même en porte de secondaires, plus courtes ; ce double étage est propre au genre. La seconde dorsale est petite et son insertion se place à l’aplomb de celle de l’anale : les deux nageoires se répondent.
Le dos est gris sombre, le ventre blanc, sans marbrure ni tache.
Les dimensions : deux mètres quarante-quatre couramment, soixante-cinq ans de vie. La maturité se situe vers un mètre quatre-vingt-six en moyenne, entre un mètre soixante-dix et deux mètres dix-neuf.
La reproduction
L’accouplement suppose un enlacement. Les embryons se développent sans placenta et, une fois leur vitellus consommé, ils se nourrissent des ovules que la mère continue de produire dans l’utérus.
La portée est petite et régulière : un à cinq petits, quatre le plus souvent, nés entre soixante et quatre-vingts centimètres après huit à neuf mois de gestation. L’accouplement a lieu à la fin de l’été, la mise bas au printemps suivant, et l’on trouve des embryons chez les femelles mûres toute l’année sauf de juillet à septembre. Le cycle est probablement annuel.
Quatre petits par an, chaque année, sur une vie longue : le renouvellement est plus rapide que chez la plupart des grands requins. Mais il ne commence qu’au-delà d’un mètre quatre-vingt-six, et une femelle met des années à les atteindre.
Les zones de mise bas du nord-est de l’Atlantique se situent au large de l’Europe et des îles Britanniques.
L’eau qu’il lui faut
Ce requin est en partie endotherme. Un réseau de vaisseaux à contre-courant récupère la chaleur produite par le muscle avant qu’elle ne parte aux branchies et la renvoie dans le sang artériel, ce qui maintient la musculature, les viscères et les yeux au-dessus de la température de l’eau. Le dispositif est celui des thons ; il n’existe que chez une poignée de requins, et celui-ci en fait partie.
Tout le reste en découle. Il chasse vite dans une eau où les autres requins sont engourdis ; on le trouve principalement entre cinq et dix degrés dans l’Atlantique nord-ouest, avec des extrêmes à moins un et vingt-trois. Il compte parmi les requins les plus tolérants au froid, et c’est la chaleur qui lui coûte.
Il fréquente les bancs de pêche, du littoral au large, et parfois la pleine mer. Migrateur, il suit le plateau continental : à la côte et près de la surface en été, au large et plus profond en hiver. La profondeur ordinaire ne dépasse pas trois cents mètres, mais un enregistrement descend à mille trois cent soixante.
Il supporte temporairement une salinité tombée à dix pour suivre une proie, ce qui l’amène dans les panaches d’estuaires. On le rencontre seul, en bancs, et en rassemblements alimentaires.
Zones
- Haute mer et plateaux continentaux
- Eaux côtières tempérées
- Zones de remontées d'upwelling
Techniques
- Dérive au vif
- Traîne profonde
- Pêche à la canne à maquereau
Appâts
- Maquereau entier
- Hareng
- Calmar
- Filet de poisson frais
Ce qu’il mange
Le menu couvre deux étages. En pleine eau, les petites et moyennes espèces pélagiques grégaires ; sur le fond des bancs, la morue, les merluches blanche et rouge, l’aiglefin et le brosme. S’y ajoutent des céphalopodes et d’autres requins.
Un prédateur qui prend du poisson de fond sur un banc et du poisson de banc en surface ne se cantonne à aucune couche. Sa chaleur interne est ce qui rend cette polyvalence possible dans une eau à sept degrés : le muscle chaud donne l’accélération, et l’œil réchauffé conserve une vision rapide là où celle d’un poisson à température ambiante ralentit.
Comment le pêcher
L’animal est classé traumatogène et retenu par certains comme poisson de sport. Les deux mentions se lisent ensemble : les attaques sur l’homme sont pratiquement inexistantes, mais la taille et l’activité d’un requin de deux mètres et demi en font un danger à bord, indépendamment de toute intention.
Les postes découlent du régime et des mouvements. Les bancs de pêche du plateau continental concentrent l’espèce, en été près de la surface et à la côte, en hiver plus au large et plus profond. Les panaches dessalés sont à considérer aussi, puisque le requin y suit ses proies.
Un fait modifie la lecture d’une zone : dans le nord-est de l’Atlantique, les captures montrent une ségrégation par sexe et par taille. Ce qui se prend sur un secteur donné n’est pas un échantillon de la population mais une classe particulière, et l’impression que laisse une saison de pêche sur l’état du stock est faussée d’autant.
La manipulation se prépare avant le ferrage. Les dents sont faites pour percer et retenir, la bête est puissante, et rien de tout cela ne s’improvise contre le bordé.
Protégé — Espèce sensible ou protégée selon les zones : vérifie la réglementation locale avant toute action.
Réglementé — Capture souvent encadrée par quotas, tailles, saisons ou déclarations.
Dangereux — Manipulation à risque : matériel, remise à l'eau et sécurité doivent être adaptés.
Conservation · Vulnérable (UICN) — Cette espèce est menacée d'extinction. Relâche-la systématiquement (no-kill), manipule-la avec le plus grand soin et vérifie la réglementation locale — sa pêche peut être interdite.
Conservation
Trois chiffres résument la difficulté. Une femelle doit approcher un mètre quatre-vingt-dix pour se reproduire, elle produit quatre petits par an, et l’animal peut vivre plusieurs décennies. Une population se reconstitue lentement, mais elle se reconstitue — c’est ce qui distingue ce requin des espèces qui ne mettent bas qu’une année sur trois.
Ce qui pèse est ailleurs, et d’abord dans la géographie. Un animal marqué en Angleterre et repris en Norvège traverse en une saison les eaux de plusieurs États. Le stock est unique, les règles ne le sont pas, et un effort réduit d’un côté peut être repris de l’autre sans que le poisson en profite. C’est précisément pour cette raison qu’il figure à l’annexe II de la convention sur les espèces migratrices, qui organise la coordination entre États, et que son commerce international est suivi au titre de l’annexe II de la CITES.
La ségrégation par sexe et par taille aggrave le problème. Une pêcherie qui travaille un secteur retire une classe précise ; le tonnage débarqué peut rester stable pendant que la structure de la population se creuse à un endroit particulier.
Enfin, tout se vend. La chair est de bonne qualité et passe pour rappeler celle de l’espadon, les ailerons alimentent un marché, le reste part en huile et en farine. Aucune partie ne reste sur le pont faute d’acheteur.
Réglementation
Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).
À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.
Autres noms
Requin-taupe commun en français, et l’adjectif compte : le requin-taupe bleu est un autre animal, le mako, du genre voisin. Le mot « taupe » est ancien dans la langue et s’applique au groupe entier.
Porbeagle en anglais, d’origine incertaine, peut-être cornique. D’autres langues le rattachent en revanche aux bancs qu’il suit : l’allemand dit le hareng avec Heringshai, l’espagnol et le brésilien la sardine avec marrajo sardinero et tubarão-sardo. L’italien dit smeriglio.
Lamna vient de lamia, la dévoreuse de la mythologie grecque ; nasus, le nez, désigne le museau conique.
Sources : fishbase.se · api.gbif.org