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EspècesNœuds
Lotte de rivière
Photo : Piscary

Lotte de rivière

Lota lota · Lotidae

  • Eau douce
  • Poissons de fond
  • Moyen
  • Taille

    35–152 cm

  • Poids

    0,3–34 kg

  • Longévité

    20 ans

  • Temp. eau

    4–18 °C

  • Profondeur

    1–700 m

Où le pêcher

  • Rivière

Icônes des milieux : Flaticon

Seul gadidé d'eau douce - Barbillon mentonnier - Actif en hiver froid

Calendrier

Signalée dans 17 pays

Allemagne · Autriche · Belgique · Canada · Danemark · États-Unis · Finlande · France · Italie · Norvège · Pays-Bas · Pologne · Royaume-Uni · Russie · Suède · Suisse · Ukraine

Signalements GBIF — espèces natives et introduites confondues.

Son aire de répartition

L’aire fait le tour de l’Arctique. En Europe, elle va du bassin de la Loire vers l’est jusqu’aux bassins de la mer Blanche, de la mer de Barents et de l’océan Arctique, avec le haut Volga, l’ouest du bassin caspien, les fleuves de la mer Noire, le bassin du Rhône, et en Italie le seul bassin du Pô. En Amérique du Nord, elle couvre le Canada, l’Alaska et le nord des États-Unis, jusqu’à la Pennsylvanie, au Kentucky, au Missouri, au Wyoming et à l’État de Washington.

Deux points méritent l’attention dans cette étendue. L’Angleterre, qui en abritait, n’en a plus : la limite sud-occidentale de l’aire européenne a été perdue en entier. Et les populations de Sibérie orientale et d’Amérique du Nord pourraient relever d’une autre espèce, Lota maculosa, ce qui reviendrait à couper cette immense répartition en deux.

Le reconnaître

Un barbillon unique, planté au menton, et des nageoires pelviennes insérées en avant des pectorales : ces deux traits pris ensemble ne se retrouvent chez aucun autre poisson d’eau douce d’Europe. La détermination s’arrête là.

La silhouette confirme. La seconde dorsale est au moins six fois plus longue que la première et rejoint la caudale, arrondie, comme le fait aussi l’anale ; les pectorales sont courtes et rondes. Le comptage donne soixante-sept à quatre-vingt-seize rayons à la seconde dorsale, cinquante-huit à quatre-vingt-quatre à l’anale, et cinquante à soixante-sept vertèbres. C’est un corps long, de section circulaire, bâti pour se glisser plutôt que pour nager vite.

La livrée est un marbrage. Sur un fond jaune, fauve ou brun, des dessins brun foncé à noirs couvrent le corps, la tête et les nageoires ; seules les pelviennes restent pâles, les autres étant sombres et mouchetées. Les branchiospines sont courtes.

L’ensemble donne une morue qui aurait remonté les rivières, et ce n’est pas une image : c’est le seul représentant de sa famille à vivre en eau douce.

La reproduction

La lotte fraie en plein hiver, sous la glace, la nuit. La ponte s’étale de novembre à mars et ne se déclenche qu’en dessous de six degrés, à l’heure où presque tout ce qui partage la rivière est à l’arrêt.

La scène est sans équivalent chez les poissons d’eau douce européens. Jusqu’à vingt individus s’entrelacent en une boule d’une soixantaine de centimètres de diamètre, qui roule et se déplace en permanence sur le fond en libérant œufs et laitance. Les mâles arrivent les premiers sur les zones de ponte, les femelles les rejoignent.

Les œufs sont semi-pélagiques, de 1,2 à 1,8 millimètre, à peine collants, et leur incubation dure quarante à soixante-dix jours. C’est une durée considérable, et elle n’a de sens que rapportée à la température : le développement est lent parce que l’eau est froide, et l’éclosion tombe ainsi au moment où la lumière revient.

Les larves sont attirées par la lumière et flottent sous la surface en mars et en avril, où elles se nourrissent d’invertébrés dérivants et de zooplancton. Deux mois plus tard, elles gagnent le fond et n’en repartent plus, atteignant huit centimètres dès la première année. Le cycle inverse donc la logique habituelle : les adultes vivent dans le noir et le fond, les larves dans la lumière et la surface.

En Europe centrale, les mâles sont aptes à se reproduire à deux ans, les femelles à trois. Après la ponte, des remontées vers l’amont sont observées, apparemment pour se nourrir.

L’eau qu’il lui faut

C’est un poisson crépusculaire et nocturne, et cette contrainte détermine tout le reste. Le jour, il se cale sous les blocs, dans les anfractuosités des berges, entre les racines des arbres ou dans la végétation dense. En rivière, les individus se rassemblent toute l’année dans les fosses profondes, la période de fraie exceptée.

Il occupe des milieux d’une variété inattendue : eaux courantes bien oxygénées, grands lacs profonds, grands cours d’eau lents, estuaires de fleuves de plaine et jusqu’aux petits torrents de montagne. La bathymétrie relevée s’étend de un à sept cents mètres.

L’été le pousse vers le bas. La gamme thermique fréquentée plafonne à dix-huit degrés, si bien qu’à la saison chaude l’espèce recherche la profondeur et ne monte qu’à la faveur des nuits, sur des fonds moins creux, pour s’alimenter.

Zones

  • Fonds
  • zones profondes
  • pêche nocturne hivernale

Techniques

  • Vifs
  • Vers
  • Poissons morts

Appâts

  • Ligne morte de nuit
  • Leurres lents

Ce qu’il mange

Les petits individus consomment des larves d’insectes, des écrevisses, des mollusques et d’autres invertébrés. La préférence bascule vers le poisson à mesure que la taille augmente, et un gros sujet est un piscivore.

Un barbillon mentonnier et une activité nocturne décrivent ensemble une chasse qui ne doit rien à la vue. La lotte trouve sa proie au contact et par la chimie de l’eau, sur le fond, dans le noir, ce qui explique qu’elle reste opérationnelle sous une couche de glace ou dans une eau chargée.

Comment le pêcher

La documentation halieutique est explicite et il n’y a pas lieu de l’enjoliver : ses mœurs nocturnes et sa lenteur font que peu de pêcheurs la recherchent. C’est aussi ce qui la rend disponible, puisqu’elle est active à des heures et dans une saison où personne ne pêche.

Deux fenêtres se dégagent du cycle. La première est la nuit d’hiver, de novembre à mars, quand l’eau descend sous six degrés et que les poissons se rapprochent des zones de fraie. La seconde est la nuit d’été, quand ils quittent la profondeur pour venir s’alimenter plus haut. Entre les deux, en journée, ils sont sous les blocs ou dans les fosses, et pratiquement inaccessibles.

La technique suit une biologie lente. Un poisson qui ne poursuit pas ignore un leurre animé vite ; un appât mort ou vif posé sur le fond, au pied d’un amas de blocs ou dans une fosse, entre au contraire dans son mode de recherche. Le poisson mort sélectionne les grands sujets, devenus piscivores.

La chair est fine mais un peu sèche. C’est le foie qui a fait la réputation du poisson en Europe, où il se vend fumé ou en conserve, l’espèce fournissant par ailleurs de l’huile et se commercialisant surtout salée.

Conservation

Là où les fleuves ont été régulés, des populations ont décliné, et le mécanisme se lit dans le calendrier de la ponte. Il faut une eau sous six degrés en plein hiver, puis quarante à soixante-dix jours d’incubation à cette température, puis une phase larvaire en surface au printemps. Un régime thermique adouci par des lâchers de fond, ou des niveaux qui varient au mauvais moment, suffisent à interrompre cette chaîne sans qu’aucun adulte ne soit inquiété.

La disparition de l’espèce en Angleterre montre où mène ce processus. Un poisson présent d’un bout à l’autre de l’Arctique peut perdre définitivement une marge entière de son aire, non par surpêche, mais parce que les rivières ne fabriquent plus l’hiver dont ses œufs ont besoin.

Réglementation

Consulter la réglementation locale en vigueur (taille légale, périodes de fermeture, quotas).

À titre indicatif. Les tailles légales, quotas et périodes d’ouverture varient selon le lieu et la saison : vérifie toujours la réglementation locale en vigueur avant de pêcher.

Autres noms

Lotte de rivière, ou lotte d’eau douce. Le mot pose un problème sur les étals français, où « lotte » désigne la baudroie, un poisson marin qui n’a aucun rapport avec celui-ci. Les anglophones disent burbot, ce qui a le mérite de ne rien recouvrir d’autre.

Sources : fishbase.se · api.gbif.org

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